Le ministre Simon Jolin-Barrette a présenté le 20 février dernier une réforme parlementaire qui accorde une place importante à la conciliation travail-famille. Si les changements proposés sont adoptés par l’Assemblée nationale, il s’agirait d’une avancée considérable pour les députés québécois d’aujourd’hui et de demain.

Marie-Eve Brunet Kitchen
Marie-Eve Brunet Kitchen Maman, ancienne élue municipale et directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille

Congé parental de 12 mois, halte-garderie au Parlement, fin des travaux à 18h plutôt que 21h30 pour permettre aux députés d’être plus présents à la maison : on parle ici d’un important « virage famille » à venir à l’Assemblée nationale.

Des rôles parfois difficiles à conjuguer

Il est complexe pour de nombreux élus de conjuguer responsabilités politiques et vie personnelle. Le défi devient cependant colossal pour les jeunes parents en politique.

Je parle ici en toute connaissance de cause : j’ai moi-même accouché de mon second enfant au beau milieu d’un mandat politique. À l’époque, il était impossible pour un élu de prendre un congé parental. Je suis donc retournée siéger… à peine cinq jours après la naissance ma fille. Autres temps, autres mœurs, même si cela ne fait même pas cinq ans.

Heureusement, les temps ont changé depuis. Les efforts, la persévérance et les appels répétés d’un grand nombre d’élus – dont je fais fièrement partie – ont fini par être récompensés.

En effet, le 10 juin 2016, l’Assemblée nationale a modernisé la loi afin que les élus municipaux, hommes et femmes, puissent s’absenter pendant 18 semaines lors de la naissance ou l’adoption d’un enfant.

Ce qui pouvait sembler banal pour plusieurs, soit de faire une pause pour s’occuper d’un nouveau-né, a été à l’époque une véritable révolution pour les élus des villes et villages de partout au Québec.

Un changement radical

Difficile d’illustrer, moins de quatre ans plus tard, à quel point ce simple changement législatif fut déterminant pour plusieurs jeunes femmes et hommes désirant à la fois être parents et servir les citoyens de leur localité.

On peut déjà remarquer qu’il y a eu une multiplication de naissances chez les élus de Montréal depuis le dernier mandat. Les mesures de conciliation travail-famille adoptées par la métropole en 2015, en plus de la modernisation de la loi provinciale, ont très certainement confirmé l’importance d’entendre une diversité des voix dans nos conseils municipaux, dont celle des parents.

Comme dit la chanson, c’était le début d’un temps nouveau dans le monde municipal. Puis ce fut le tour d’Ottawa où, en juillet dernier, les élus fédéraux se sont eux aussi vus accorder le droit à un congé parental, maintenant de 12 mois du côté de la Chambre des communes.

Au tour des politiciens provinciaux ?

Les yeux se tournent maintenant vers Québec où, faut-il le rappeler, les députés n’ont pour ainsi dire pas de mesure de conciliation travail-famille. Une réalité qu’a dénoncée en août dernier, à juste titre, la vice-première ministre Geneviève Guilbault – qui vient d’ailleurs tout juste d’accoucher de son second enfant. Il était temps que les parlementaires québécois entament une sérieuse réflexion à ce sujet et que des gestes concrets soient faits.

Créer les conditions gagnantes

Si nous voulons un Québec représentatif de l’ensemble de son peuple, il nous faut des politiciens de toutes les générations, y compris des plus jeunes, qui auront le « réflexe famille » de par leur vécu. Et pour attirer plus de représentants des jeunes générations en politique, il faut savoir créer les conditions gagnantes.

Trop souvent, j’ai rencontré des jeunes – particulièrement des femmes – intéressés par la chose publique, mais qui disaient se sentir incapables de répondre à l’appel de la politique tout en prenant soin de leur famille.

En 2020, cette triste réalité ne devrait tout simplement plus exister. Il est définitivement possible de faire plus et mieux en matière de conciliation travail-famille sur la colline Parlementaire. Être en politique et fonder une famille ne doit plus être un dilemme déchirant.

Dans l’air du temps

La conciliation travail-famille est plus que jamais d’actualité. En plus d’être une mesure sociale incontournable de nos jours, c’est une solution permettant une meilleure performance professionnelle et qui a une incidence économique positive, et ce, même dans les plus grandes entreprises.

Si depuis 2006 une majorité de parents du Québec prennent une pause professionnelle pour prendre soin de leur enfant, nos élus devraient aussi avoir droit à un traitement similaire. Pour eux, certes, mais aussi et surtout pour le développement de leurs enfants. Nos tout-petits ne devraient jamais être pénalisés dès leur naissance parce qu’un de leurs parents a choisi de servir ses concitoyens en tant qu’élu.

En ce sens, on ne peut que saluer cet aspect de la réforme parlementaire proposée par le gouvernement Legault. Strictement sur le plan de la conciliation familiale, il s’agit d’une avancée majeure qui fera entrer l’Assemblée nationale dans le XXIe siècle.

J’invite donc les députés de tous les partis à approfondir la réflexion à ce sujet et à soutenir toute mesure qui pourrait permettre d’améliorer la vie des parents en politique.

Les enjeux de conciliation travail-famille doivent impérativement transcender les lignes de parti et les considérations politiques.

Prendre en compte la réalité familiale des élus n’est assurément pas un luxe dans notre société. C’est un levier extraordinaire pour nous permettre d’être démocratiquement représentés par des individus de tous les horizons qui nous ressemblent et nous comprennent.

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