Les plaintes et les complaintes à l’effet que la richesse ne fait pas le bonheur ne datent pas d’hier. Elles sont monnaie courante.

Vincent Geloso
Vincent Geloso Collaboration spéciale

Cependant, depuis quelques années, elles se sont attachées à un mouvement intellectuel qui affirme qu’il faut décroître l’économie afin de sauver la planète. Cette association vise à souligner que nous sommes trop matérialistes et que notre attachement au « matériel » blesse la planète.

Ce n’est très probablement pas le cas. Pourquoi ? 

Premièrement, la richesse rend heureux. Deuxièmement, la richesse nous rend moins matérialistes !

Tout d’abord, définissons ce qu’on entend par « bonheur ». La définition la plus souvent utilisée provient du Gallup World Poll, dans lequel on pose la question suivante : « Imaginez une échelle avec des barreaux numérotés de 0 en bas à 10 en haut. Le barreau du haut représente la meilleure vie possible pour vous, le barreau du bas la pire vie possible pour vous. Sur quel barreau pensez-vous vous tenir à ce moment de votre vie ? »

Pour répondre à cette question, il faut simultanément évaluer le cheminement personnel parcouru et la direction vers laquelle ce cheminement nous mène. Il s’agit là d’une mesure de la « satisfaction de vie » d’une manière globale.

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« La prospérité, c’est l’assouplissement des contraintes — on a besoin de moins d’argent pour avoir le beurre », explique Vincent Geloso.

Deux lauréats du prix Nobel d’économie, Angus Deaton et Daniel Kahneman, soulignent que cette mesure est philosophiquement plus profonde que notre « bien-être émotionnel » au quotidien. Ces deux chercheurs ont découvert qu’il y a une relation positive puissante entre la satisfaction de vie et le revenu par personne. Cette relation est observable lorsque l’on compare les différents pays du monde entre eux, ainsi que lorsqu’on compare des individus à l’intérieur d’un seul pays.

Plus important encore, le revenu semble avoir un effet constant sur la satisfaction de vie.

Pourquoi cet effet ? Il faut comprendre que la richesse ne se définit pas comme une accumulation d’argent dans un coffre-fort tel Picsou dans les dessins animés. L’être humain est une créature qui cherche constamment à améliorer son bien-être. Le problème, c’est qu’il fonctionne sous les contraintes imposées par la rareté. On ne peut jamais avoir simultanément le beurre et l’argent du beurre.

La prospérité, c’est l’assouplissement de ces contraintes (on a besoin de moins d’argent pour avoir le beurre). La baisse du temps de travail par année y est pour quelque chose.

En produisant cet assouplissement, une augmentation de notre richesse accroît les possibilités et les choix qui nous sont offerts.

C’est dans les sociétés les plus prospères qu’on retrouve le plus grand nombre de manières différentes de se forger une vie qui nous satisfait et nous comble.

Ainsi, d’une façon très subtile, la prospérité peut nous rendre moins matérialistes. Dans un article récent paru dans Constitutional Political Economy, les économistes Megan Teague, Virgil Henry Storr et Rosemarie Fike ont documenté empiriquement cette possibilité. Pour ce faire, ils ont assemblé toutes les données disponibles provenant d’enquêtes publiques qui incluent des questions permettant de mesurer notre « matérialisme ».

En testant la relation entre les réponses à ces questions et le revenu moyen par personne dans une multitude de pays, ils ont remarqué que la prospérité réduit la propension à adopter des opinions « matérialistes ». Ils ajoutent qu’il y a un effet additionnel provenant des indices de liberté économique. Toutes choses étant égales par ailleurs, plus une société est économiquement libre, moins elle est matérialiste. Cela implique que ce sont les « sociétés de marché » qui sont les moins matérialistes !

Ces résultats ne sont pas surprenants. Dans des sociétés riches et libres, il existe tout simplement un plus grand nombre d’options pour se forger une vie qui nous satisfait. Une grande proportion de ces options sont « non-matérialistes ». Ainsi, si nous nous inquiétons du fait que notre matérialisme blesse notre planète, il faut plutôt trouver des manières de devenir encore plus prospères !

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