Qu’il s’agisse d’un édifice, d’un lieu naturel ou d’une attraction, on accolera le mot « signature » à ce qui représentera une émotion, un repère, un signe distinctif profitant d’une association exclusive à une ville, un pays ou une communauté.

Robert Bonneau
Robert Bonneau Associé principal, Décarie Recherche de cadres

La tour Eiffel, la statue de la Liberté, le Golden Gate Bridge sont autant d’ouvrages auxquels il n’est pas nécessaire d’associer le nom de la ville. Ils en sont une signature. L’Opéra de Sydney et le musée Guggenheim de Bilbao, quant à eux, s’ils portent le nom de la ville où ils se trouvent, leur seule image suffit pour les associer correctement à leur localisation. « L’effet Bilbao » est un phénomène bien documenté.

D’autres lieux naturels joueront le même rôle « signature ». Pensons au Grand Canyon ou aux chutes du Niagara, autant d’emblèmes pour un État, une ville ou un pays. Les parcs publics, quant à eux, présentent un intérêt particulier parce qu’ils sont des espaces naturels aménagés. En ce sens, ils sont le reflet d’habitudes, d’art de vivre et, au-delà de leur représentation physique, ils évoquent une émotion ou un sentiment.

C’est de cette combinaison que naît la signature exclusive, le triangle espace– communauté-ville.

Fréquenter Central Park sera pour plusieurs une expérience essentielle pour vivre pleinement New York. Idem pour les Jardins du Luxembourg à Paris, le Hyde Park à Londres, les jardins du Palais impérial à Tokyo ou encore le Tiergarten de Berlin.

Hormis leur beauté naturelle, le véritable sens de ces lieux est donné par ceux qui les fréquentent, l’attitude qu’ils y adoptent. Les parcs sont une signature vivante et dynamique d’une ville et, que ce soit par le cinéma, la chanson, le sport ou l’occupation de l’espace de manière générale, ils définissent la personnalité de la ville.

Montréal

Quelles sont les signatures emblématiques de Montréal ? Le pont Jacques-Cartier, assurément, et peut-être davantage la nuit alors qu’il brille de tous ses feux. Le mont Royal ? Bien sûr, sa croix, son belvédère et le chemin Olmsted (du nom de son architecte, le même que Central Park) et près de 600 hectares en plein cœur de la ville. Le Vieux-Montréal ? Le Parc olympique, peut-être aussi. Le fleuve ? L’Expo 67, le Grand Prix, le plus important événement télévisualisé de Montréal à travers le monde ? Osheaga, meilleur festival au Canada et l’un des 10 meilleurs au monde ?

Que ce soit sur des bases historiques, de développement, d’attachement culturel, le fleuve fait partie de l’ADN des Montréalais.

Montréal est une île et son port est le second en importance au Canada. L’exposition universelle de 1967 a aussi marqué l’histoire de la ville, la faisant entrer dans le club des grandes villes internationales. Le répertoire culturel, notamment musical du Québec, y fait de nombreuses références. Il s’agit d’un événement qui s’est inscrit durablement dans une période de changement et qui a marqué son époque, sa ville et ses habitants. Les Jeux olympiques aussi à leur façon, mais avec un impact plus court, à tout le moins en durée.

Un dénominateur commun

Les Jeux olympiques, le pont Jacques-Cartier, l’Expo 67, la Biosphère, le Casino, le Grand Prix, le métro, Osheaga, la Ronde, les Feux d’artifice, L’homme de Calder, les plus belles vues sur le Vieux-Montréal et le mont Royal, la nature hospitalière et aussi festive des Montréalais, mais aussi la nature tout court, avec les espaces verts et l’eau, ont un dénominateur commun : le parc Jean-Drapeau, le premier parc de la ville créé en 1874 (deux ans avant le parc du Mont-Royal).

Pourtant, il serait peu probable d’entendre aujourd’hui des visiteurs et même des Montréalais désigner ce parc comme étant la signature de Montréal. Se pourrait-il que nous soyons ici devant une situation où le tout est inférieur à la somme de ses parties ?

Le parc Jean-Drapeau possède tous les atouts pour caractériser la ville et en devenir une signature forte de son identité tant auprès de ses citoyens que de ses visiteurs.

La Société du parc Jean-Drapeau

On ne peut douter que le parc Jean-Drapeau soit une source de fierté pour les Montréalais, en raison de ses attributs hors normes et de sa nature insulaire. On peut aussi croire que sa renommée internationale profitera de la vision de la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD) d’en faire une destination célébrant la diversité de ses vocations et le génie de ses bâtisseurs.

Mais pour que le parc soit une signature de la ville, il faut qu’il soit approprié, habité par ses citoyens et que ses vocations se complètent plutôt que s’opposer.

Dans cet esprit, la SPJD s’est engagée à donner suite aux consultations publiques sur l’avenir du parc et à mettre en œuvre un ambitieux plan directeur pour en concrétiser les recommandations tout en agissant selon les principes du développement durable, une considération importante pour les Montréalais, mais aussi cruciale, considérant la sensibilité naturelle du lieu. Elle souhaite aussi favoriser une expérience usager de qualité et favoriser l’innovation sous toutes ses formes. Enfin, elle veut agir selon des pratiques de gouvernance transparente, participative et collaborative.

Il s’agit d’une proposition stimulante et engageante dont devrait profiter l’ensemble des Montréalais.

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