Les 4300 dentistes du Québec que je représente en ont ras le bol de porter à bout de bras le régime public de soins dentaires ; le désengagement de près de 1400 dentistes de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) en est la preuve.

Carl Tremblay
Dentiste et président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ)

En effet, l’entente qui nous lie au gouvernement pour les services que nous offrons aux enfants de moins de 10 ans et aux prestataires d’une aide financière de dernier recours, dans le cadre de ce régime, est échue depuis près de cinq ans.

Les négociations piétinent depuis plusieurs mois et le mutisme de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et du président du Conseil du trésor, Christian Dubé, s’accroît.

Ils ne laissent d’autre choix aux dentistes que d’opter pour un moyen de pression afin de faire comprendre au gouvernement que la santé dentaire des plus jeunes et des plus démunis repose entre ses mains.

Actuellement, 15 % de la population du Québec bénéficie de soins dentaires couverts par le régime public ; il s’agit de 1 241 330 enfants et bénéficiaires de l’aide sociale pour lesquels ces soins sont particulièrement importants. En ne renouvelant pas cette entente, le gouvernement compromet le régime public de soins dentaires. En laissant stagner la négociation avec les dentistes, le gouvernement abuse de son pouvoir.

Dès la mise en place de la Loi sur l’assurance maladie, le gouvernement a choisi de privatiser les soins de santé buccodentaire et de n’en couvrir qu’une partie. L’enjeu de notre négociation n’est malheureusement pas l’élargissement des soins buccodentaires, que le gouvernement a souhaité exclure de nos échanges. L’enjeu est ici d’assurer une rémunération juste et équitable aux dentistes pour les services que le gouvernement leur demande d’offrir.

Lorsqu’il traite un patient, dans le public comme dans le privé, le dentiste pose un acte de dentisterie pour lequel il assume les mêmes responsabilités, les mêmes risques et les mêmes frais. 

Or, présentement, le remboursement du gouvernement couvre tout juste les frais d’exploitation du dentiste.

Pour illustrer ce que ça représente pour un acte chirurgical comme une extraction dentaire, le dentiste reçoit une rémunération personnelle de moins de 3 $ ! Aucun professionnel n’accepterait de prendre une telle responsabilité pour si peu. Les dentistes sont des travailleurs autonomes non subventionnés qui assument tous les frais associés aux soins qu’ils donnent à leurs patients.

Malgré l’absence d’une entente avec le gouvernement, les dentistes ont su démontrer leur bonne foi en continuant d’offrir, depuis cinq ans, les meilleurs soins possible à tous leurs patients. Toujours avec cette même volonté de prouver au gouvernement nos bonnes intentions, en plus des tentatives faites au cours des dernières semaines pour joindre les décideurs, nous avons fait un pas en avant cette semaine et lui avons démontré notre intérêt à relancer le dialogue.

La santé buccodentaire est un soin de santé prioritaire pour la population.

Les ministres McCann et Dubé devraient voir, dans le renouvellement de notre entente, une belle occasion de démontrer aux Québécois qu’ils se soucient réellement de leur santé.