En réponse au texte de Monique Jérôme-Forget, « J’ai confiance en l’avenir de Bombardier », publié le 1er février

Caroline Jeannotte Caroline Jeannotte
Montréal

Il est vrai que Bombardier a été un fleuron de l’industrie québécoise durant plusieurs décennies. La diversité de ses activités était alors sa force et sa fierté. À cette époque, notoriété, prestige et réputation en faisaient un employeur de rêve pour lequel bien des Québécois auraient aimé travailler. Bombardier avait le vent dans les voiles et au milieu des années 1990, la valeur de l’action s’élevait autour de 45 $. Il en est tout autrement aujourd’hui, alors que celle-ci n’atteint même pas le seuil des 2 $.

Cela dit, la priorité du conseil d’administration de Bombardier, et de toute entreprise cotée en Bourse, devrait être, pour employer une expression à la mode, de créer de la richesse pour les actionnaires.

Or, depuis plusieurs années, j’ai le sentiment que la seule richesse créée par Bombardier est destinée aux membres de la haute direction et du conseil.

Au fil des ans, Bombardier a grandement tiré avantage de l’argent public, ce qui a permis à la société de mettre au point plusieurs programmes d’avions (souvent un par année), y compris celui de l’appareil C Series au début des années 2000. Cet avion de nouvelle génération unique en son genre comporte des avancées technologiques d’importance (matériaux composites, commandes de vol électriques, etc.) et était très prometteur pour le groupe Aéronautique de Bombardier.

Je crois fermement qu’un gouvernement doit appuyer les entreprises qui créent des emplois bien rémunérés, qui développent des technologies de pointe et qui favorisent la richesse collective.

Ce n’est pas d’hier que Bombardier fait les manchettes quant à l’aide gouvernementale qu’elle reçoit. Rappelons-nous la guerre commerciale Bombardier-Embraer dans les années 1990, alors qu’Embraer avait déposé une plainte à l’OMC selon laquelle Bombardier recevait un financement illégal du gouvernement fédéral.

Pour revenir sur l’aide financière que Bombardier a reçue du gouvernement Couillard pour la C Series, la majorité des gens était favorable à l’idée d’aider Bombardier à maintenir chez nous des emplois bien rémunérés et de conserver également la fabrication et l’assemblage de cette gamme d’avions ultramodernes.

Un projet démesuré

Comment en sommes-nous arrivés à littéralement offrir en cadeau à Airbus le programme de la C Series ? D’abord, c’est inadmissible, voire inconcevable, que le conseil d’administration ait donné son aval à un tel projet complètement démesuré par rapport à la taille de l’entreprise. Bombardier était loin d’avoir les ressources financières pour mener ce programme à bon port. Ce programme a coûté des milliards à Bombardier et pratiquement la même somme aux contribuables de la Belle Province.

Mais à quoi ont-ils pensé d’aller jouer dans la cour de géants tels Boeing et Airbus ? Comment se fait-il que personne n’a réalisé que c’était de la pure folie ?

Ç’a été la pire décision de la carrière de Laurent Beaudoin, pourtant très respecté dans le monde des affaires pour ses compétences de gestionnaire exemplaire.

Cette décision a été le début de la fin pour ce fleuron déchu. Les réorganisations se sont succédé au début des années 2000 et plusieurs vagues de mises à pied massives étaient à l’ordre du jour et sont devenues récurrentes. Tout ça à cause d’une gestion déficiente. Disons que le fils du patron n’avait pas nécessairement les qualités de leadership nécessaires pour mener le bateau à bon port. Malgré ces faiblesses, la désapprobation populaire et une performance très ordinaire, Pierre Beaudoin a quand même eu droit à des sommes faramineuses empochées sans vergogne ! Pendant ce temps, des employés loyaux perdaient leur gagne-pain, des vies étaient brisées et des maisons étaient perdues.

Il est temps de fermer le robinet ! Malgré les milliards injectés dans l’entreprise par le précédent gouvernement libéral, la haute direction de Bombardier s’est moquée éperdument de ses actionnaires, du public en général et surtout de ses employés, en faisant cadeau à Airbus de l’ensemble du programme de la C Series qui, rappelons-le-nous, a coûté très cher. À cause de cette décision irréfléchie de s’engager sur un chemin épineux et pour répondre à la pression de l’industrie, Bombardier a dû en payer le prix : se défaire de quasiment tous ses actifs aéronautiques et envoyer au chômage des milliers d’employés, ne conservant que le créneau des avions d’affaires et le groupe Transport dont l’avenir est plutôt très incertain.

Ce fiasco nous a déjà coûté notre chemise. Que les Bombardier-Beaudoin pigent à leur tour dans leur bas de laine de plusieurs centaines de millions de dollars pour renflouer LEUR société.

Les Québécois n’ont plus de larmes à verser pour Bombardier qui vit aux crochets de la société depuis déjà trop longtemps… Il est temps qu’Alain Bellemare cesse de se pavaner devant ses actionnaires en prétendant que de faire cadeau de la C Series à Airbus était l’affaire du siècle pour Bombardier. Il est également temps que sa garde rapprochée cède sa place à une nouvelle génération de gestionnaires de qualité qui ont autre chose en tête que la cupidité.

Non, Mme Jérôme-Forget, le nouveau gouvernement ne doit plus ouvrir sa sacoche pour Bombardier !