D’abord, je veux qu’il soit très clair que je ne détiens aucun intérêt dans Bombardier. Je le fais à titre de Québécoise dans l’intérêt du Québec.

Monique Jérôme-Forget
Monique Jérôme-Forget Ex-ministre des Finances et ex-présidente du Conseil du trésor

Presque tous les jours, Bombardier suscite des écrits, des commentaires, des critiques, bref, des opinions parfois instructives et parfois négatives. J’ai déjà pris l’initiative d’appuyer Bombardier dans le passé et je compte répéter l’exercice aujourd’hui.

La question que l’on pose le plus souvent est : « Devons-nous encore aider et appuyer cette entreprise québécoise ou tout simplement la laisser à son propre sort ? » À la lumière de ce que je sais ou de ce que j’ai lu, la situation de Bombardier est difficile, mais bien meilleure qu’elle était il y a cinq ans, où elle faisait face à une crise de liquidité qui aurait pu l’entraîner vers la faillite.

L’innovation et son lot de surprises

Aujourd’hui, les ventes de la C Series vont très bien parce que cet avion s’avère être un joyau de technologie. Le programme a maintenant besoin d’argent supplémentaire pour répondre plus rapidement aux commandes qui atteignent déjà les 600 appareils. On peut blâmer Bombardier d’avoir eu trop d’ambition, d’avoir sous-estimé les coûts de développement du nouvel avion, mais l’innovation s’accompagne généralement de surprises.

Bien sûr, l’arrivée d’Airbus a changé la donne, mais rappelons-nous que le gouvernement du Québec détient toujours 16 % du programme et 16 % de 600 ventes d’avions. De plus, 700 emplois ont été créés à Mirabel depuis 2018, et le Québec a maintenant dans sa grappe le plus important acteur de l’industrie aéronautique mondiale. Cela s’avère une assez bonne transaction, finalement.

Et que dire de la la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) qui, elle, a fait beaucoup d’argent en obtenant 15 % d’intérêt composé à la suite de son investissement de 1,5 milliard dans la division Transport en 2015 ? C’est d’ailleurs l’un des problèmes de Bombardier, qui devrait se départir de cette obligation devenue trop coûteuse.

Ce volet de Bombardier est à mon avis plutôt prometteur. 

Avancer de l’argent pour que des avions soient construits ici, au Québec, je pense que c’est légitime.

Voyons maintenant pour le côté ferroviaire de Bombardier. Je pense qu’Alain Bellemare ne se doutait pas de l’ampleur des problèmes rattachés à ce secteur. Peu de gens le savaient.

D’ailleurs, j’ai fait une recherche sur les déboires dans les livraisons de trains et il y en a eu, pas seulement chez Bombardier, rappelons-le (on n’a qu’à penser à Alstom à Ottawa). Mais j’ai surtout été surprise par les demandes élevées des divers clients.

Par exemple, le plus important contrat de train de Bombardier est actuellement en Suisse. Les exigences de celle-ci étaient nombreuses et innovantes. En plus d’être économes en énergie, les trains doivent être rapides pour prendre les courbes grâce à une technologie appelée compensation de roulis. En plus, on veut qu’ils soient sous pression pour éviter les désagréments aux passagers, sans compter les demandes d’ascenseurs pour assurer l’accès aux personnes à mobilité réduite. 

Disons que les défis étaient nombreux et complexes. Il est facile, de son salon, de se moquer de tels problèmes. Pour moi, Bombardier reste un fleuron d’innovation qui joue dans les grandes ligues du monde. Quand on compare à ce qui arrive à Boeing, disons que Bombardier brille.

Maintenant, devons-nous, Québécois, soutenir encore Bombardier ? Hélas, que ce soit Boeing, Embraer, Airbus ou le chinois Comac, tous reçoivent de l’aide de leur pays. Massivement et sans exception. Malheureusement, le gouvernement fédéral, pour des questions politiques venant surtout de Bay Street, a refusé d’aider Bombardier. À mon avis, c’est là un côté négatif de l’histoire.

Et je vois mal le gouvernement laisser tomber Bombardier comme on l’a fait avec Rona.

Pour moi qui ai siégé dans le groupe de travail mis en place par le ministre Nicolas Marceau et présidé par nul autre que le brillant Claude Seguin, je m’acharnerais à essayer de garder un tel joyau au Québec. En enlevant les votes multiples demain matin, beaucoup de compétiteurs voudraient s’emparer de Bombardier et risqueraient de déplacer le siège social ailleurs, et on ne pourrait pas leur en vouloir. Bombardier offre des milliers d’emplois aux meilleurs ingénieurs du monde. La recherche et l’innovation font partie de leur ADN.

Alain Bellemare

Finalement, on s’interroge sur la direction actuelle, en particulier sur son président Alain Bellemare. Pour moi, il a pris Bombardier dans un état pitoyable alors qu’aujourd’hui, ses liquidités sont suffisantes pour faire face à ses obligations.

De plus, les deux avions civils les plus récents et les plus avancés sur le marché, le C Series et le Global 7500, sont des avions de Bombardier. Voilà des succès commerciaux positifs et sur lesquels le Québec doit miser.

Le passage d’Alain Bellemare chez Pratt & Whitney et UTC lui a bien servi. C’est grâce à lui si Bombardier s’est sorti la tête de l’eau dans le secteur des avions. Il doit maintenant compléter son plan de redressement en réglant les problèmes de sa division ferroviaire et son immense dette, deux enjeux qu’il a hérités du passé.

Disons que je préfère lui laisser ce navire amiral entre les mains et j’ai confiance que Bombardier, même si elle devait encore se transformer et réduire sa taille, retrouvera sa vitesse de croisière dans un monde innovant.

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