En réponse au texte de Renaud Brossard, « Non, les fonctionnaires ne sont pas sous-payés », publié le 31 décembre

Félix Cauchy-Charest Félix Cauchy-Charest
Conseiller syndical à la CSQ, citoyen et contribuable

D’entrée de jeu, j’aimerais souligner deux stratagèmes linguistiques malhonnêtes utilisés par Renaud Brossard : l’utilisation des termes « fonctionnaires » et « contribuables ».

Dans le premier cas, il s’agit de tabler sur la connotation négative du « fonctionnariat », qui renvoie à la bureaucratie de l’appareil étatique perçue comme lourde.

Ça permet d’omettre de mentionner que parmi les salariés de l’État, il y a plus de 130 000 enseignants, plus de 35 000 membres de personnel de soutien (du plombier à l’éducatrice en service de garde en passant par la secrétaire), plus de 10 000 professionnels de l’éducation (orthophonistes, bibliothécaires, etc.) du primaire au collégial, ainsi que plus de 115 000 travailleurs de la santé (de la préposée aux bénéficiaires à l’infirmière en passant par les préposés à l’entretien). Nous sommes loin de l’image qu’on se fait d’un « fonctionnaire » !

Deuxième entourloupette : le mot « contribuable ». Comme si les 550 000 salariés du secteur public ne payaient ni impôt ni taxes et que leurs revenus disparaissaient sous le soleil des paradis fiscaux ! Je suis certain que nous ne sommes pas représentés par la « Fédération » de M. Brossard. L’organisme n’a d’ailleurs aucune instance démocratique de prise de décision. C’est à l’image de l’organisation qui ne voit dans le vivre-ensemble que le montant à la ligne 437 de la déclaration de revenus…

M. Brossard prétend que les syndicats fabulent lorsqu’ils décrient le retard salarial de 6,2 % que leurs membres accusent par rapport aux autres travailleurs du Québec. Il n’en est rien.

Ces chiffres proviennent d’une étude que l’Institut de la statistique du Québec produit annuellement à la demande du gouvernement depuis les années 80. Elle inclut les avantages sociaux et le régime de retraite, contrairement à ce que prétend M. Brossard. Si l’on regarde uniquement le salaire, le retard du secteur public est de 13,2 %.

Qui plus est, toujours selon M. Brossard, les offres du gouvernement seraient raisonnables. De l’aveu même du président du Conseil du trésor, ces offres sont en deçà de l’inflation, représentant un appauvrissement effectif pour 500 000 travailleurs dont certains, comme les enseignants, sont les moins bien rémunérés du pays !

Est-ce ainsi que nous voulons traiter les gens qui s’occupent de 1 million d’élèves, de 172 000 étudiants collégiaux, de 8 millions de patients potentiels ? Poser la question, c’est y répondre.

Pour ce qui est de la sécurité d’emploi béton du secteur public, on repassera. Trente-six pour cent des travailleurs du secteur public sont dans une situation de précarité, travaillant sur une base temporaire ou occasionnelle. En ajoutant les travailleurs à temps partiel, c’est 52 % des salariés du secteur public qui occupent un emploi atypique pour un salaire annuel moyen d’environ 30 000 $. Sécurité, mon œil !

Réellement défendre les « contribuables »

Au lieu de ressasser des mythes propatronaux qui reviennent à chaque ronde de négociation, M. Brossard ferait mieux de réellement défendre les « contribuables » du Québec. J’ai quelques suggestions : une assurance médicaments publique et universelle qui permettrait d’épargner plus de 1 milliard par année ; une bonification du Régime des rentes du Québec pour permettre à tous les « contribuables » une retraite décente ; un salaire minimum à 15 $ l’heure qui permettrait de mieux répartir l’assiette fiscale tout en sortant des centaines de milliers de personnes de la précarité.

En terminant, je souhaite à Renaud Brossard la visite des fantômes des Noëls passés, présents et futurs qui sauront peut-être lui insuffler un peu de solidarité. Et qui sait, peut-être que sa « Fédération des contribuables » finirait par réellement défendre les intérêts des gens dont elle prétend se soucier !