La Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis, permettant aux communautés autochtones de gérer leurs services de protection de l’enfance, est entrée en vigueur dans tous les territoires et toutes les provinces du Canada le 1er janvier. 

Isabelle Picard  Isabelle Picard 
Ethnologue

Toutes, sauf une. Un irréductible gouvernement, celui du Québec, conteste la constitutionnalité de cette loi devant les tribunaux, apprenait-on le 19 décembre dernier, soit six mois après son adoption et moins de deux semaines avant son entrée en vigueur. 

Ce même gouvernement, mené par son premier ministre François Legault, offrait pourtant aux autochtones plus tôt l’automne dernier « les excuses les plus sincères de l’ensemble de l’État québécois pour avoir manqué à son devoir envers vous », annonçant du même souffle ou presque une grande rencontre entre le gouvernement et les leaders autochtones du Québec. « Le Québec va répondre présent », a ajouté le chef de ce gouvernement, brillant pourtant par son absence lors de l’importante rencontre.

Cette loi témoigne concrètement de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, déclaration pourtant reconnue dans ses grands principes par l’Assemblée nationale du Québec à l’unanimité le 8 octobre dernier.

Des principes comme l’article 8.1, qui stipule que « les autochtones, peuples et individus, ont le droit de ne pas subir d’assimilation forcée ou de destruction de leur culture ». Et puis voilà que ce gouvernement conteste une loi qui permet justement aux enfants autochtones de ne pas subir d’assimilation forcée et, par le fait même, la destruction de leur culture.

Pourtant, c’est au Québec que la première entente du genre au Canada a été ratifiée.

Un projet pilote, le Système d’intervention d’autorité atikamekw a été éprouvé pendant 17 ans avant d’être signé en janvier 2018 par le gouvernement du Québec et le Conseil de la Nation atikamekw.

Le résultat ? 80 % des enfants qui auraient autrefois été emmenés hors de leur communauté sont aujourd’hui maintenus dans leur famille proche ou élargie, ou encore dans une famille d’accueil atikamekw. Le tout, dans une approche d’intervention non seulement auprès de l’enfant, mais aussi de la famille immédiate et élargie pour de meilleurs résultats. Autrement dit, on ne pêche pas juste en aval, mais sur toute la rivière. 

En fin de journée jeudi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, posait la question sur Twitter à savoir pourquoi, dans ce dossier précis, Ottawa ne sollicitait pas l’accord du Québec dont c’est a priori une compétence, en ajoutant qu’en toute logique, les budgets devaient suivre.

Question légitime, certes. La réponse, du moins la mienne, tient à ceci : les autochtones du Québec font les frais des batailles constitutionnelles entre Québec et Ottawa depuis trop longtemps. 

Ici, ce sont les centaines d’enfants inuits et issus des Premières Nations qui, chaque année, se font placer dans un environnement n’étant pas le leur qui se verront privés dans l’immédiat d’une loi qui leur aurait été bénéfique, mais aussi à toute leur communauté.

La compétence dans ce dossier doit relever des communautés et des nations autochtones qui savent ce qui est bon pour eux. Il ne peut en être autrement. Ni pour une question d’argent ni pour une question de pouvoir. 

Si des enfants québécois étaient placés depuis des décennies dans des familles ontariennes ou saskatchewanaises – puisqu’on est tous Canadiens, après tout – et qu’une loi fédérale permettait enfin à la Belle Province de gérer ses propres services d’aide à l’enfance en accord avec sa culture, sa langue, ses valeurs et ses façons de faire, est-ce qu’on se questionnerait de la même façon ?

Vivre les uns avec les autres

Les peuples se définissent par leur histoire, leur culture, leur vision du monde et leur territoire. Le Québec, le Canada et les Premiers Peuples vivent sur le même sol depuis plus de 400 ans. On ne peut réécrire l’Histoire. Le territoire était déjà habité lorsque Jacques Cartier a planté sa croix. 

Des histoires de réussites et d’échecs, d’adversité et de résilience ont bâti ce que nous sommes aujourd’hui comme peuples. Il faut maintenant apprendre à vivre les uns avec les autres. Vraiment. Pleinement. Autrement.

Cette conception latente du dominant et du dominé se veut dépassée. Ce concept de majorité et de minorité aussi, en particulier dans un cas où ce sont d’enfants dont on parle.

Il faut savoir faire des compromis, démonter le cadre, le repenser, le remonter et le raccrocher. Ensemble. Il sera peut-être un peu plus difficile à centrer au départ, mais au moins, cette fois, tout le monde se retrouvera sur le tableau.

Les autochtones sont souvent décrits comme des empêcheurs de tourner en rond. Dans ce cas précis, Québec sait très bien jouer les rabat-joie. Dans plusieurs cultures autochtones, s’excuser ne veut rien dire si on ne sait pas réparer. L’occasion était belle.