À peine le gouvernement avait-il déposé son offre que les grands ténors syndicaux criaient au meurtre. 

Renaud Brossard
Directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables

La FTQ prétend que le gouvernement Legault se « moque » des fonctionnaires en n’offrant que 7 % d’augmentation. La CSN, dans une envolée lyrique digne d’un Goncourt, prétend qu’une hausse de salaire pas suffisamment mirobolante pour ses employés asphyxierait les services publics. Et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) parle d’une « usurpation des surplus budgétaires », comme si l’argent des contribuables revenait de droit aux fonctionnaires.

Selon leurs dires, les fonctionnaires québécois gagneraient autour de 6 % moins que leurs confrères du secteur privé. L’inflation n’est pas que verbale pour nos grands ténors syndicaux, car ils ont perdu tout contact avec la réalité. En fait, les chiffres démontrent plutôt que les fonctionnaires sont 2,2 % mieux rémunérés que leurs confrères du secteur privé.

Pour arriver à leur chiffre voulant que les fonctionnaires soient sous-payés, les syndicats omettent volontairement de prendre en compte les près de 2 millions de salariés québécois travaillant pour des entreprises de moins de 200 employés. Cela représente près de la moitié de l’ensemble des salariés du secteur privé au Québec.

Ces millions de Québécois que les syndicats omettent dans leurs calculs font pourtant partie de ceux qui travaillent et paient les taxes et impôts nécessaires pour soutenir l’éléphantesque fonction publique du Québec. De prétendre que ceux-ci n’existent pas pour demander une augmentation à leurs dépens est non seulement malhonnête, mais honteux.

Pour ces contribuables ignorés, chaque point de pourcentage d’augmentation accordé aux fonctionnaires représente une ponction de 400 millions de dollars additionnelle dans leurs poches.

Considérant que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord, le gouvernement a raison d’être prudent lorsqu’il fait des offres aux syndicats.

Le comparatif ne doit pas se limiter à la rémunération, cependant. Plusieurs autres aspects intangibles offrent un avantage considérable aux fonctionnaires par rapport à leurs confrères au privé.

Du point de vue de la sécurité d’emploi, par exemple, il est presque aussi probable d’apercevoir un troupeau de licornes en pleine nature que de se faire renvoyer d’un poste de fonctionnaire. Bien que difficilement chiffrable, cette sécurité d’emploi béton a une valeur importante puisqu’elle offre une garantie de revenus.

Les employés gouvernementaux bénéficient aussi d’un autre avantage intangible par rapport au type de pension auquel ils ont droit. Non seulement ont-ils un fonds de retraite, chose que de nombreux travailleurs du secteur privé n’ont pas, mais le type de fonds de retraite dont ils bénéficient transfère l’ensemble du risque d’investissement sur le dos des contribuables. Cette garantie dont ils bénéficient, ce risque transféré aux contribuables, constitue un autre avantage intangible dont jouissent les fonctionnaires québécois, aux dépens de leurs confrères du secteur privé.

Ce ne sont que deux exemples parmi une panoplie d’avantages intangibles dont bénéficient les fonctionnaires par rapport au reste de la population. Lorsqu’on considère cela, ainsi qu’une rémunération supérieure à celle des Québécois travaillant ailleurs qu’au gouvernement, il devient clair que nos fonctionnaires ne sont pas à plaindre.

Leurs syndicats ont beau les présenter comme Aurore, l’enfant martyre, mais leurs intentions sont plus près de celles de Séraphin Poudrier. Les demandes de nos centrales syndicales sont déconnectées de la réalité des Québécois, et sont à la limite de l’indécence. Comme le disait le premier ministre, les surplus appartiennent aux Québécois, pas aux syndicats de fonctionnaires. Le gouvernement doit tenir bon si les contribuables sont pour revoir la couleur de leur argent.