Il paraît qu’on s’améliore avec le temps. On apprend, semble-t-il, de nos expériences. Les mauvais choix, les écarts de conduite et les épreuves nous enseignent, il est vrai, à aiguiser nos réflexes pour mieux esquiver les coups de poing vicieux que la vie nous envoie gracieusement au milieu de la figure, de temps à autre.

Karina Durand
Québec

L’année qui se termine aura été pour moi relativement tough, si je la compare aux 30 et quelques précédentes. Mais je n’ai pas eu le cancer, je n’ai pas perdu ma job et personne n’est mort autour de moi. C’est bien ça le pire.

Il faut dire que l’effet des petites blessures de la vie est cumulatif. Vos organes vitaux ont beau être en parfait état, si vous avez une jambe dans le plâtre, plus un torticolis et une conjonctivite virale dans les deux yeux, vous survivrez sans doute, mais la semaine va être longue.

Les derniers mois ont été éprouvants, disais-je, mais quand je fais le bilan de ce que j’ai appris entre deux longs soupirs et une envie persistante de tout abandonner, je me trouve presque chanceuse.

Parce qu’avec un peu de recul, l’année qui s’achève m’a tout de même enseigné quelques leçons élémentaires qui me seront utiles, je crois, pour le reste de mes jours.

So thanks, 2019.

Leçon n16 : le changement

J’ai appris que l’amitié est un phénomène merveilleux et que toute la vie, de nouveaux amis feront leur apparition sur mon chemin pour remplacer ceux qui s’en iront au détour. Parce que oui, certains s’en iront.

Leçon no 15 : la volonté

J’ai constaté qu’il est inutile de tendre la main à une personne qui ne veut pas d’une main tendue. J’ai appris que le point de départ de toute chose, c’est sa propre attitude.

Leçon no 14 : le retour aux sources

J’ai appris que les forêts, les montagnes et les rivières sont mille fois plus grandioses que les gratte-ciels, les monuments et les ponts. L’œuvre humaine a beau être admirable, elle demeure sans commune mesure avec les merveilles de la nature.

Leçon no 13 : la patience

J’ai appris que faire le deuil d’une personne que l’on a beaucoup aimée est un long cheminement et que si l’on ne veut pas se décourager de la lenteur de son progrès, il faut parfois cesser de compter les jours.

Leçon no 12 : les idées reçues

J’ai appris que ce lieu que l’on appelle « la maison » peut être en fait n’importe où. J’ai réalisé que se sentir chez soi n’est rien d’autre qu’une impression réconfortante que l’on a d’un endroit qui nous est familier. J’ai compris qu’au fond, on finit par se sentir chez soi quelque part quand on ne peut pas s’en aller.

Leçon no 11 : l’humilité

J’ai appris à manger de la soupe avec des baguettes, à remercier sans dire un mot et j’ai réalisé que les normes n’ont rien d’universel.

Leçon no 10 : les rencontres

J’ai appris qu’il y a des gens tellement enfermés en eux-mêmes que s’ouvrir sur leurs incapacités leur est impossible. J’ai appris que les blessures invisibles sont les plus difficiles à soigner et que rester muet devant l’impasse est le meilleur moyen de ne jamais en sortir.

Leçon no 9 : la vulnérabilité

J’ai appris que les déceptions cumulées entraînent les désillusions, et qu’à la longue, les désillusions entraînent le désespoir. J’ai appris qu’il y a en chacun de nous une grande fragilité avec laquelle il vaut mieux être prudent.

Leçon no 8 : la beauté

J’ai compris que les personnes exceptionnelles sont tout autour de nous et qu’il suffit parfois d’être un peu plus attentif pour les voir discrètement à l’œuvre.

Leçon no 7 : la souffrance

J’ai appris que la tristesse est un état qui peut perdurer et prendre de l’ampleur, et qu’à force d’essuyer ses larmes, on peut finir par perdre le goût de la vie.

Leçon no 6 : la gratitude

J’ai compris que l’ouverture d’esprit est l’un des plus beaux traits humains qui soient et que c’est une disposition qui s’apprend. J’ai constaté que c’est probablement l’une de mes plus belles qualités et j’ai réalisé que j’ai appris aux côtés d’une personne qui aura marqué 15 ans de ma vie.

Leçon no 5 : le réconfort

J’ai appris que l’amitié est parfois une solution de rechange apaisante quand d’autres avenues échouent.

Leçon no 4 : le partage

J’ai appris que des gens généreux et gentils nous attendent aux quatre coins du monde, dans une panadería à Buenos Aires, au carrefour de Shibuya à Tokyo, comme dans un dépanneur de Mont-Laurier. J’ai réalisé que la différence entre un ami et un étranger réside en bien peu de choses.

Leçon no 3 : les passages obligés

J’ai appris que la souffrance est un état qui fait partie intégrante de la vie humaine et que le seul choix qu’il nous reste, c’est la manière dont on l’accueille quand elle frappe à la porte.

Leçon no 2 : la peur

J’ai réalisé que le corps humain est une machine complexe qui repose sur un équilibre fragile. J’ai compris que chacun d’entre nous devra un jour faire face à son dernier soupir et j’ai réalisé que ceux qui partiront en premier ne sont peut-être pas ceux que l’on imagine.

Leçon no 1 : le sens de la vie

J’ai appris à mettre un ver sur un hameçon, à sortir une truite de l’eau, à cuisiner le poisson fraîchement pêché et j’ai compris que ce qui nous nourrit ne pousse pas toujours dans les arbres.

J’ai appris que les premières impressions sont parfois trompeuses, que se parler est la seule manière de se comprendre et que nos peurs ne sont jamais insurmontables.

J’ai appris qu’on se sent utile quand on aide les autres, mais qu’il faut d’abord prendre soin de soi.

J’ai appris que les expériences douloureuses et les difficultés que l’on traverse nous enseignent, en fin de compte, à devenir de meilleures versions de nous-mêmes.

Mais surtout, j’ai compris cette année que chaque jour qui passe est une occasion d’apprendre et que chaque leçon retenue allège étrangement le poids de la vie.