Une fois par mois, un camelot de L’Itinéraire se joint à Débats pour se raconter, critiquer, s’insurger. Aujourd’hui, nous vous présentons le courageux parcours de Réjean Blouin.

Réjean Blouin Réjean Blouin
Camelot au métro Pie-IX

Je vais vous parler du jour où je suis passé de l’alcoolisme à la vie sobre. Tout un défi quand on passe de l’un à l’autre, mais avec bien des découvertes sur soi. On passe du noir au blanc, de l’hiver à l’été ! Mon corps m’a remercié et mon moral m’a serré la main.

Venant d’une famille où l’alcool coulait à flot, mon père, mes sœurs et tout mon entourage d’amis m’ont beaucoup influencé. Dû au fait que ma famille était dysfonctionnelle, mon adolescence a été un cauchemar et une constante recherche de soi.

Depuis 1978, tout a changé ! Que c’est bon, de se retrouver, d’être la personne que l’on était avant et surtout, de se faire confiance. La consommation est une façade, un masque qui n’est vraiment pas nous-mêmes, c’est une cachette psychologique.

Les amis de beuverie

J’ai réussi à oublier les amis de beuverie, de cruiser la fin de semaine après un show mal fini, les lendemains malade à cause de mélanges (bière, caribou, cidre, vin, etc.) et de fumer des substances alors illicites (hash, cannabis). J’ai appris à fuir les copains qui ont décidé de poursuivre leur recherche personnelle avec l’alcool.

Par contre, la musique m’a collé à la peau. La musique m’a aidé à m’en sortir : c’était mon échappatoire. D’un autre côté, les amis qui m’encourageaient à boire… je leur demandais de me respecter et je faisais de même avec eux. De l’autre, la musique était ma plus fidèle compagne. J’ai perdu des amis musiciens. Ma volonté et la consultation avec une psychologue, une fois par semaine, ont changé les choses.

Ces changements m’ont apporté beaucoup de bénéfices. Parmi mes accomplissements, je peux penser à plusieurs choses. Par exemple, j’ai créé un personnage de clown-animateur avec une petite troupe. J’ai composé une chanson-thème pour un festival à Lévis, en face de Québec.

Pour ce même festival, j’ai trouvé et fait passer en audition les artistes-animateurs et autres pour la nouvelle programmation. J’ai aussi exploité mon côté poète : je me suis mis à écrire des textes. Finalement, j’ai développé un esprit plus ouvert : dû à mon alcoolisme et à celui de mon père, j’ai développé une sensibilité et de l’empathie face aux autres.

La paix avec soi-même

Le plus important dans tout ça : cela m’a apporté la paix avec moi-même et j’ai pardonné à mon père, car j’ai compris pourquoi il était tombé dans la dépendance. Il a eu une enfance très stricte et autoritaire qui fait que ses émotions étaient refoulées à l’intérieur de lui-même. J’ai aussi appris à voir son côté positif, lui qui était musicien comme moi. Il m’a transmis sa passion.

Après avoir vécu les déboires de l’alcoolisme, cela m’a donné l’envie de ne plus jamais m’y retrouver. Créer un nouvel environnement m’a fait perdre des amis qui n’ont pas pu s’en sortir (suicide, continuité dans leur dépendance, banditisme, etc.).

La poussière du passé

Il faut savoir ramasser la poussière du passé et apprendre à la jeter aux ordures ! On traîne souvent le boulet du passé et ce boulet-là nous empêche de continuer, de faire plein d’actions que l’on aimerait entreprendre.

Coupe cette chaîne avec de la volonté et n’aie pas peur de consulter pour pouvoir t’en sortir. Ne sois pas de ceux qui transportent leur boulet toute leur vie. C’est très lourd à porter. La vie est trop courte pour laisser passer cette occasion. Tu verras : après avoir délaissé ce poids, de belles choses en sortiront.

On retrouve le soi, l’envie de respirer, l’air des champs de blé, le désir de tout découvrir et, surtout, de se redécouvrir.

L’Itinéraire est une voix unique dans le paysage médiatique québécois. Il donne la parole aux sans-voix, des personnes marginalisées, itinérantes ou à risque de le devenir.