Par la plume de l’auteur Harold Beaulieu, nous apprenions le 8 décembre dernier que le cœur de plusieurs représentants de la génération millénariale était en proie au désespoir, grugé par une éco-anxiété qui irait jusqu’à les empêcher d’économiser, démoralisé par un avenir perçu comme étant sombre et sans espoir. Colère, frustration et impuissance face aux défis modernes mineraient la confiance des millénariaux en leur avenir, le tout sans parler des catastrophes naturelles, des crises de santé publique, des migrations et des conflits violents qui caractériseraient notre époque.  

Louis Frédéric Prévost
Millénarial, 37 ans

Étant moi-même un vétéran millénarial de 37 ans, je me demande ce qui a bien pu pousser ma génération à sombrer dans un tel fatalisme. Je crois qu’un petit pep talk s’impose.

De toutes les époques, je doute qu’il y ait eu meilleur moment pour être jeune. Globalement, les êtres humains n’ont jamais vécu de façon aussi prospère et en sécurité qu’actuellement. Les premières grandes civilisations, que l’on considère les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Chinois, les Indiens et les peuples d’Amérique, ont offert des conditions de vie pitoyables à la grande majorité des humains qui y vivaient. Pour un jeune, les perspectives d’avenir se réduisaient bien souvent à se rendre à 30 ans. Le monde était froid, violent et manquait cruellement d’hygiène. La moindre invasion de sauterelles pouvait faire périr un village en entier. L’immense majorité des 100 milliards d’êtres humains qui ont foulé le sol de la Terre ont survécu plus que vécu. Rien de comparable à l’exceptionnelle qualité de vie globale d’aujourd’hui. 

Les derniers siècles n’ont guère été plus encourageants pour les jeunes qui y vivaient. 

Malgré les philosophes des Lumières, dont les idées ont progressivement façonné notre mode de vie actuel, et le formidable essor scientifique qui s’en est suivi, avoir 20 ou 30 ans durant les trois derniers siècles rimait plus souvent qu’autrement avec guerre, maladie, chômage et misère. 

Les jeunes qui vivaient il y a 100 ou 200 ans auraient aussi eu d’excellentes raisons d’être pessimistes. Deux guerres mondiales, des régimes politiques liberticides, de terribles épidémies et une crise économique sans précédent auraient pu en décourager plus d’un. Même les baby-boomers, génération honnie des millénariaux, ont vécu leur jeunesse sous la menace constante d’une guerre nucléaire à saveur apocalyptique, ce qui ne les a certainement pas découragés de mettre quelques dollars de côté pour leurs vieux jours. Chacune de ces générations a choisi de se retrousser les manches et de travailler à bâtir un monde meilleur. 

Fulgurante progression

Comme le soulignait avec justesse le renommé psychologue d’origine montréalaise Steven Pinker dans son plus récent ouvrage Enlightenment Now : The Case for Reason, Science, Humanism, and Progress, tous les indices statistiques démontrent la fulgurante progression de la qualité de vie humaine durant le dernier siècle. Nous parlons ici aussi bien de baisses phénoménales de la mortalité infantile, des maladies infectieuses, de la pauvreté extrême, des famines, des morts attribuables aux conflits armés et aux catastrophes naturelles, du travail par les enfants et du taux global de crimes commis, que de la hausse, tout aussi impressionnante, de l’espérance de vie, des calories quotidiennes ingérées, des dépenses orientées vers des programmes sociaux et du taux d’éducation, le tout sans parler de la chute de nombreux régimes totalitaires et de la dépénalisation de l’homosexualité dans à peu près tous les pays occidentaux. 

Je ne cherche pas ici à minimiser les défis qui restent sur notre route. Les changements climatiques ainsi que le risque, toujours bien présent, d’une guerre nucléaire sont de loin les plus grandes menaces qui ont pesé sur notre survie collective. Il ne s’agit pas non plus de mettre des lunettes roses et de vivre dans le confort et l’indifférence. Je veux simplement rappeler que le défaitisme et le fatalisme ne nous seront d’aucune aide, et qu’il vaudra mieux profiter de notre situation privilégiée pour régler nos problèmes plutôt que de nous apitoyer sur notre supposé sort peu enviable.