Les relations de travail au Québec en 2019 se sont actualisées dans un contexte de reprise économique. D’une part, le Québec déclare des surplus budgétaires et d’autre part, les entreprises ont généralement engrangé des profits convenables. Par conséquent, les travailleurs ont senti le moment propice pour en tirer avantage.

Jean-Claude Bernatchez Jean-Claude Bernatchez
Professeur titulaire en relations industrielles à l’Université du Québec à Trois-Rivières

Le secteur public se débat de son mieux avec des surcharges de travail dues à un alourdissement de clientèle surtout en santé et une grave pénurie de personnel qui prend un visage systémique. Pour surmonter ladite pénurie d’effectifs, l’État propose d’augmenter les salaires de certaines catégories d’emplois, comme les préposés aux bénéficiaires. Mais cela est sans compter sur le fragile équilibre de la valeur des emplois concernés lorsqu’ils sont considérés les uns par rapport aux autres. C’est l’effet « toile d’araignée » ! Tirer sur un fil peut faire tout bouger avec le risque de compliquer davantage ce qui était déjà trop complexe pour certains décideurs.

C’est dans ce contexte que la proposition du gouvernement du Québec d’accorder à ses employés une augmentation de salaire de 9 %, étalée sur cinq ans, a été rejetée du revers de la main par les leaders syndicaux. D’une part, les enseignants s’attendent à ce que l’État passe à l’acte avec une déclaration ministérielle antérieure à l’effet qu’ils étaient sous-payés, du moins en début de carrière. D’autre part, les infirmières y vont d’emblée avec une demande salariale de plus de 21 % sur trois ans. Par ailleurs, les répartiteurs d’urgence annoncent à leur tour des moyens de pression dans un système tout juste sorti d’une négociation ardue avec les ambulanciers.

Quant aux avocats et notaires de l’État, ils peuvent maintenant se targuer d’un jugement de la Cour supérieure cassant une loi antérieure leur interdisant la grève et exigeant la poursuite des négociations.

Ce qui précède complexifie abondamment l’enjeu lié au renouvellement des conventions collectives dans le secteur public québécois où chaque 1 % d’augmentation de salaire vaut 400 millions de dollars. Ainsi, les relations de travail sont à cran : d’abord dans un système de santé trop normé et ensuite dans un régime éducatif débordé par le flux migratoire, surtout dans la région de Montréal.

conséquence glaciale

La pénurie de personnel frappe durement certains secteurs déjà affligés par une faible rémunération. Quelques grèves ont été déclarées dans les résidences privées pour personnes âgées. Dans le secteur alimentaire, la grève des salariés d’Olymel à Princeville plaide en faveur d’une élévation de salaire. La conséquence de la pénurie de main-d’œuvre est glaciale, surtout dans des entreprises offrant des salaires de 15 $ l’heure ou moins. Par exemple, des restaurants ferment, faute d’employés dans les cuisines. Cette réalité vaut également pour des commerces de détail ne trouvant plus les salariés pour vendre la marchandise sur place.

Le conflit ouvrier le plus important au Québec est sans contredit la poursuite du lockout des 1030 travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour qui, amorcé en janvier 2018, a pris fin 18 mois plus tard, en juillet 2019. Le tout s’est terminé par l’acceptation intégrale de l’offre patronale. Un autre lockout, plus court celui-là, qui a détonné dans le secteur manufacturier en 2019 est celui de Paccar Sainte-Thérèse, une usine d’assemblage de camions. Il est maintenant réglé.

Quant au gouvernement fédéral, il n’est pas en reste avec la grève du Canadien National (CN). Elle s’est déroulée pendant huit jours en novembre 2019 sans offrir les services essentiels normalement exigibles. Dès lors, les Canadiens ont pris conscience de l’utilité publique du ferroviaire avec un CN qui, maintenant privatisé, a déclaré un colossal profit de 5,5 milliards de dollars en fin d’année 2018.

Dans l’ensemble du Québec, les négociations se sont déroulées généralement sans recours à la grève ni au lockout en 2019. Ce fut spécialement le cas dans les mines ou la plupart des manufactures. Les parties ont généralement résolu leur différend en priorisant un mode de négociation patient. Les augmentations de salaire accordées annuellement dans le secteur privé ont oscillé entre 2 % et 3 %. Syndicats et patrons ont négocié des conditions de travail qui ont généralement protégé le pouvoir d’achat des salariés tout en assurant, autant que faire se peut, l’avenir des entreprises.