Si un humoriste traitait une personne noire de « singe » sur toutes les plateformes depuis deux ans, on ne serait pas en train de pérorer sur les « limites » de la liberté d’expression.

Julien Prud’homme Julien Prud’homme
Professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières

À juste titre, tout le monde comprendrait que la limite est franchie depuis longtemps. L’agression de Mike Ward contre Jérémy Gabriel est de même nature. Sauf que Gabriel est handicapé et que les personnes présentant un handicap physique, tout le monde s’en fout.

Les bonnes âmes qui voient la condamnation de Ward comme une atteinte à la liberté tendent à minimiser la réalité des faits. 

À parler d’une « blague dans un show » pour désigner une campagne persistante et organisée d’attaques surmédiatisées, qui nient le droit à la vie et au travail d’un individu sur la base de son handicap, on minimise, comme dans le temps où on ne trouvait pas grave de bousculer les gais dans la cour d’école ou de taponner la secrétaire au party de bureau.

L’affaire Ward n’est pas un débat sur la liberté d’expression. C’est un débat sur le choix des cibles qu’on se donne le droit de dégrader. 

Ward n’a pas été courageux : il a simplement été assez malin pour attaquer quelqu’un que personne ne défendra.

On commence à peine à reconnaître de vrais droits aux personnes racisées ou LGBTQ – des droits jeunes, fragiles, partiels. Fonderons-nous ce droit sur une vraie reconnaissance de l’humanité de chacun ? Ou resterons-nous des harceleurs chroniques qui se cherchent toujours une nouvelle cible ?