L’Ordre des architectes du Québec se réjouit du lancement du programme de soutien au milieu municipal en patrimoine immobilier, annoncé le 5 décembre par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, et la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest. Cette annonce vient à point et laisse entendre que le message est passé quant à l’urgence de protéger plus activement notre patrimoine.

Pierre Corriveau Pierre Corriveau
Président de l’Ordre des architectes du Québec

Assorti d’une enveloppe de 30 millions de dollars sur trois ans, ce programme est plus que nécessaire dans un contexte où l’on voit disparaître un trop grand nombre de bâtiments patrimoniaux victimes de la négligence ou de l’appétit spéculatif de leurs propriétaires. Faut-il le rappeler, chacun de ces bâtiments témoigne du vécu sur lequel se fonde notre identité collective, et chaque disparition est irréversible.

Il est donc heureux de voir ce programme incitatif s’ajouter aux mesures de protection existantes. Alors que Québec s’engage à subventionner 50 % des travaux, c’est potentiellement 60 millions qui seront déboursés par les municipalités et les propriétaires.

Nul doute que cela aura pour effet d’aider à pérenniser les bâtiments qui en bénéficieront.

Autre bonne nouvelle, les bâtiments doivent avoir été construits en 1975 ou avant pour être admissibles au programme. Ce seuil permet d’englober les éléments du courant moderne, dans lequel le Québec s’est illustré, tout en donnant le recul suffisant pour attester de la valeur patrimoniale des bâtiments et de leur appartenance à la collectivité. Il faudra cependant veiller à actualiser cette date au fil des ans.

Nous saluons également le volet d’aide à l’embauche d’agents de préservation du patrimoine immobilier et le fait que les municipalités auront la possibilité de se regrouper pour en profiter, selon leurs besoins.

Des sommes insuffisantes

Cependant, les sommes allouées nous paraissent insuffisantes au regard de ce qui a trop attendu à la grandeur du Québec. De plus, ces montants sont loin d’égaler les profits que pourrait anticiper un propriétaire qui voudrait se débarrasser d’un bâtiment patrimonial pour développer un site de manière spéculative. C’est pourquoi l’Ordre estime essentiel que la présente mesure soit parfois renforcée d’une obligation d’y recourir.

Enfin, le fait d’intervenir sur les bâtiments eux-mêmes ne suffit malheureusement pas à garantir l’amélioration du cadre de vie recherché par le gouvernement. Le Québec est fait de ces lieux auxquels on s’attache parce qu’ils nous ressemblent, et préserver l’intégrité des ensembles qui créent nos paysages identitaires nécessite une vision plus large. Or, on réduit la portée du travail de préservation si on autorise, juste à côté, une construction qui atténue la signification ou l’harmonie préexistante. Les regroupements de bâtiments patrimoniaux qui forment un ensemble cohérent sont particulièrement susceptibles de pâtir d’ajouts incongrus et irrémédiables, puisque souvent rien ne les reconnaît explicitement comme un tout à préserver.

C’est donc la notion d’ensemble patrimonial qui devrait retenir l’attention du gouvernement dans l’élaboration de mesures supplémentaires futures.

Il faut outiller les instances qui influent sur l’octroi de permis, en l’occurrence les comités consultatifs d’urbanisme, afin que celles-ci prennent des décisions éclairées. On aurait tort de croire que les plans d’implantation et d’intégration architecturale, communément appelés PIIA, constituent un rempart suffisant. Tous n’ont pas la même qualité, et chaque intervention doit être évaluée avec sensibilité et expertise.

L’Ordre invite donc le gouvernement à faire davantage pour que les effets de ce programme tant attendu et vraiment apprécié aillent au-delà des interventions à la pièce. Notre patrimoine unique en vaut certainement la peine.