19 400. C’est le nombre de postes vacants à pourvoir dans les entreprises manufacturières partout au Québec. Dès maintenant.

Véronique Proulx Véronique Proulx
Présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, et 27 signataires*

Il est temps d’agir. Nous parlons depuis trop d’années de la pénurie de main-d’œuvre et de ses conséquences sur l’économie québécoise. Pendant ce temps, les impacts sont dévastateurs : refus de nouveaux contrats et d’occasions d’affaires, ralentissement des investissements et du développement de nouveaux produits, embauche de candidats sous-qualifiés, et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Le meilleur moyen de créer de la richesse pour le Québec est d’exporter notre savoir, notre expertise, nos produits.

Le secteur manufacturier représente 24 000 entreprises au Québec, 445 000 travailleurs et 89 % de nos exportations.

Nous ne pouvons donc pas nous permettre que le secteur manufacturier, vital à notre économie, soit davantage affaibli par le statu quo sur les problématiques de main-d’œuvre.

Mesures insuffisantes

Si des solutions sont souvent avancées, elles peinent à assurer la compétitivité et la viabilité de certaines entreprises manufacturières. Il n’y a tout simplement pas assez de travailleurs qualifiés disponibles pour répondre aux besoins.

L’automatisation et la robotisation sont certainement des avenues à considérer pour faire face aux défis de main-d’œuvre. Or, le manque de travailleurs qualifiés est un obstacle important à l’adoption de nouvelles technologies numériques, selon la Banque de développement du Canada. Cette avenue ne peut donc pas à elle seule répondre à ces défis.

Favoriser l’immigration permanente

Dans un premier temps, nous pouvons accueillir plus d’immigrants pour pourvoir les trop nombreux emplois disponibles.

Ensuite, il doit y avoir davantage de flexibilité pour s’adapter à la réalité des travailleurs.

L’apprentissage du français en est un exemple. Certains travailleurs étrangers consacrent déjà 40 heures par semaine à remplir les besoins criants de nos entreprises. Pourquoi ne pas leur donner plus de temps pour apprendre le français ou adapter le pointage accordé au français sur la grille de sélection ? Oui, le français est essentiel pour bien intégrer les nouveaux arrivants, mais peut-on y arriver sans nuire aux besoins de main-d’œuvre ?

Finalement, il faut une véritable adéquation entre les besoins des entreprises et le marché du travail. Les consultations annoncées par le ministre Jolin-Barrette sur le Programme de l’expérience québécoise doivent déboucher sur des résultats concrets. Les entreprises manufacturières doivent y être entendues.

L’immigration temporaire, une solution à court terme

En parallèle, il est nécessaire d’adapter aux besoins d’aujourd’hui le programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) qui permet de faire venir des travailleurs étrangers pendant au plus trois ans. Ce programme a été conçu à une époque où l’on souhaitait protéger les emplois des travailleurs canadiens. Or, le contexte a beaucoup évolué. Par exemple, nous pouvons éliminer la règle d’un maximum de 10 % de travailleurs étrangers par usine ou prolonger les visas pour les travailleurs moins qualifiés d’un an à trois ans.

Quelque 19 400 travailleurs manquent présentement à l’appel. C’est pratiquement l’équivalent d’un Centre Bell vide.

La situation est critique. MM. Trudeau et Legault, qu’attendez-vous pour agir ?

* Signataires : Alain Quintal, vice-président et directeur général ABB ; Éric Deschênes, chef du secteur d’activité Électrification au Canada et directeur général national ABB ; Yves Dandurand, président d’ADFAST ; Cindy Dandurand, covice-présidente d’ADFAST ; Jean-Pierre Benoit, vice-président corporatif et directeur général chez American Biltrite ; Gilles Quenneville, vice-président ressources humaines et affaires juridiques chez Arcelor Mittal Produits Longs Canada ; Robert Bouchard, président-directeur général de BPDL ; Jérôme Turgeon, directeur des ressources humaines chez CANATAL ; François Caron, président de CBR LASER ; Claude Desrosiers, président de Charpentes d’acier SOFAB ; Jean-Sébastien Comtois, vice-président de CREOPACK ; Louis-Philippe Gariépy, directeur principal Affaires corporatives d’Énergie Valero ; George Ambartsoumian, président de GA International ; Carl Coulombe, directeur d’usine chez Graphic Packaging International (East Angus) ; Marc Dutil, président et chef de la direction de Groupe CANAM ; Harold Savard, président-directeur général de Groupe Novatech ; Charles Lacroix, vice président-directeur général de KDC One Knowlton ; Antoine Chagnon, président de Lallemand inc. ; Simon Beaudoin, spécialiste RH chez M.I. Intégration ; Charles Carré, président et directeur-général de Métal Perrault ; Stephan Julien, président-directeur général de MODERCO ; Joël Rodrigue, directeur général de NUTECH ; Danick Lavoie, président-directeur général de Pelican Sport ; Michel Hemond, président de Pyradia ; Jean Meredith, président-directeur général du Groupe Raufoss ; Jonathan Lesage, président de Robert Hydraulique ; Jacques Mombleau, président-directeur général de Spectra Premium