Cette année, nous aurons un cadeau de Noël en moins à acheter. Celui du prof de cinquième année de ma fille. Ça, c’est parce qu’il n’y en a pas, de prof, cette année.

Sarah Bachand Sarah Bachand
Montréal

Eh oui, j’habite dans un coin tranquille à Montréal, un quartier entouré de bonnes écoles. Une ville ou l’éducation est accessible à tous ! Nous sommes vraiment choyés…

Pourtant, lorsque ma fille a commencé la cinquième année, son enseignante n’était pas revenue de son congé de maternité. Elle devait revenir en novembre. Le soir avant le début des classes, une brave femme qui avait enseigné l’art aux adultes en Algérie, qui avait fait la surveillance des dîneurs au primaire, qui amorçait sa maîtrise à temps plein et qui élevait ses enfants seule, a appris qu’elle devenait titulaire du groupe de cinquième année de ma fille jusqu’en novembre.

Lors de la première rencontre, elle nous informe qu’elle fera de son mieux pour se mettre à jour avec le programme de cinquième année, mais qu’elle ne peut répondre à nos nombreuses questions, car elle n’a pas les réponses.

Cette situation génère un peu d’angoisse chez les parents qui se réconfortent en pensant que l’enseignante qui reviendra de maternité enseigne la cinquième année depuis plusieurs années.

Malheureusement, cette dernière annonce sa démission la semaine avant son retour prévu. Et l’enseignante qui dépannait a accepté un remplacement à temps partiel dans une autre école.

Il n’y a aucune solution immédiate, car il y a 24 postes d’enseignants vacants dans notre commission scolaire.

Du plan B au plan Z

Une enseignante en préretraite a accepté de prendre ce pauvre groupe pour quelques semaines seulement, mais n’est pas disponible les vendredis. L’enseignante qui prendra le groupe ces quelques vendredis n’a jamais enseigné au primaire. En janvier, on verra pour un plan Z.

Ma fille a des difficultés d’apprentissage et un plan d’intervention qui a malheureusement disparu depuis l’année passée. Lorsque je demande de le remettre en place, on m’informe qu’il y a des cas plus urgents dans la classe. On lui remet alors un petit dictionnaire tactile, question de me donner l’impression qu’elle est prise en charge.

Depuis le début des classes, la matière est reprise et enseignée à la maison quand je reviens du boulot. Chaque lundi, il y a une heure d’orthophonie au privé à 115 $ la séance.

Je suis prête à faire ma part, mais en ce moment, j’ai vraiment l’impression que ce groupe a été abandonné.

Nos pauvres enfants se font dire constamment d’avoir de bonnes notes en cinquième année, car c’est l’année qui ouvre les portes des différents programmes du secondaire. Personnellement, cette décision reviendra à nos enfants. Si ma fille veut aller au programme régulier, je n’aurai aucune objection. Par contre, si elle veut aller dans un programme contingenté, je veux m’assurer qu’elle aura eu accès à tous les outils pour y accéder.

Je me souviens d’une fois alors que j’étais en voyage au Malawi, un jeune garçon m’a demandé si j’avais un stylo. Je lui ai offert mon stylo Bic. Il a sauté de joie me disant que le préalable pour aller à l’école était un stylo et que maintenant, il pouvait enfin y aller.

Eh bien, ma Gloria demande à qui peut bien l’entendre qu’elle aimerait avoir un enseignant pour lui enseigner sa cinquième année !

Il serait grand temps d’étudier le pourquoi de cette situation : les conditions de travail des enseignants, leurs salaires… ? Qu’en pensez-vous ?