Il fut un temps où l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord avait une pertinence. Au plus fort de la guerre froide, l’OTAN représentait un rempart contre le communisme.

Tasha Kheiriddin Tasha Kheiriddin
Collaboration spéciale

Les leaders mondiaux tels Ronald Reagan, Margaret Thatcher, François Mitterrand et notre propre chef Brian Mulroney ont connu leur part de différends, mais ils avaient aussi un objectif commun : contenir le bloc soviétique. Et quand ils se réunissaient, ils le faisaient avec classe – non pas comme s’ils étaient dans une cour d’école.

Aujourd’hui, l’OTAN n’est que l’ombre de ce qu’elle a été, déchirée par les divisions internes et à court d’argent. 

Sa dernière réunion est tombée dans le ridicule à tel point qu’un scénariste hollywoodien applaudirait. Les États-Unis, acteur clé et bailleur de fonds, ont menacé de ranger leurs jouets et de rentrer chez eux si d’autres partenaires ne payaient pas eux aussi. 

Le président de la France, Emmanuel Macron, a évoqué le rôle de la Russie tandis que le président des États-Unis, Donald Trump, a proposé de lui envoyer des combattants du groupe État islamique. On entend presque les éclats de rire en provenance de Moscou – et de Pékin, où la prochaine guerre froide a déjà commencé et qui a le plus à gagner de la désunion occidentale actuelle.

Dans tout ce brouhaha, notre premier ministre, Justin Trudeau, a réussi à faire la une des journaux pour toutes les mauvaises raisons.

Dans un tête-à-tête avec Macron, le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, et la princesse Anne, fille de la reine, il s’est moqué de la propension de Trump à tenir de longues conférences de presse, ce qui aurait retardé leur réunion. Bien sûr, la conversation a été captée par des microphones. Elle a fait le tour de la planète, générant des milliers de mèmes Méchantes ados et incitant Trump à qualifier Trudeau d’hypocrite après que ce dernier eut été tout sourire pendant la journée.

Quand les journalistes l’ont interpellé, qu’a dit Trudeau de ses paroles anodines ? « J’ai évoqué le fait qu’il y avait une conférence de presse non planifiée avant ma rencontre avec le président Trump. J’étais heureux d’en faire partie et c’était certainement remarquable. » Il a aussi clarifié le fait que son commentaire « vous avez vu les mâchoires des membres de son équipe tomber » faisait référence à l’annonce inattendue de Trump voulant que le prochain G7 se déroule à Camp David et non à l’hôtel Trump National Doral, à Miami.

PHOTO PETER NICHOLLS, REUTERS

« Notre groupe actuel de dirigeants devrait s’assumer comme les leaders qui les ont précédés », juge Tasha Kheiriddin.

Des explications, mais pas d’excuses. De plus, Trudeau a eu l’audace par la suite de dire que « les relations entre le Canada et les États-Unis sont extrêmement solides et j’ai de très bonnes relations avec le président Trump et son équipe ».

Espérons que c’est le cas, parce que le Congrès américain n’a toujours pas ratifié l’Accord Canada–États-Unis–Mexique et Trump a la peau bien mince… Si mince, disent certains, qu’il a annulé sa traditionnelle conférence de presse pour soulager son ego meurtri en tweetant : « À la fin des réunions d’aujourd’hui, je rentrerai à Washington. Nous ne tiendrons pas de conférence de presse à la fin de la réunion de l’OTAN, car nous en avons tenu bien assez au cours des deux derniers jours. Bon voyage à tous ! »

Et vlan ! Le cirque se termine, pour l’instant.

Mais tout cela n’est pas drôle. C’est pitoyable.

Et personne n’en sort gagnant. Certainement pas les citoyens des pays de l’OTAN qui dépendent de cette organisation pour garder un tant soit peu d’ordre dans le grand désordre mondial qui nous engouffre tous.

Comme tous ces citoyens, j’en ai marre. J’en ai marre du président Trump, l’hypocrite en chef, qui ment à travers ses dents et qui devrait être démis de ses fonctions s’il existe un grain de vérité dans le rapport de destitution qui a été publié cette semaine. J’en ai marre du Parti républicain qui va le soutenir pour des raisons purement partisanes.

J’en ai marre du premier ministre Trudeau qui se comporte toujours comme un écolier parmi les grands. N’a-t-il pas appris la leçon avec Trump la première fois, après la réunion du G7 en 2018, quand ce dernier l’a accusé de l’avoir poignardé dans le dos ? J’en ai marre de Macron, de Johnson, de tous ces gars qui font belle figure, mais déstabilisent l’Europe au lieu de l’unifier contre la menace commune de l’Est. Hé, les gars ! La chancelière Angela Merkel demeure-t-elle encore la seule adulte dans la pièce ?

En somme, j’en ai marre de tout le monde dans cette affaire. Je me sens comme la chanteuse Alizée : si j’avais seulement le temps de prendre un bain de mousse, je m’y enfoncerais sans jamais en ressortir.

La politique est devenue une farce, les relations internationales, un jeu d’enfants. Alors que les enjeux sont plus importants que jamais.

L’ancien diplomate Henry Kissinger, qui s’y connaît un peu en guerres froides, a récemment dit que le conflit entre les États-Unis et la Chine serait « inévitable » et qu’il entraînerait un « résultat catastrophique » qui « sera pire que n’importe quelle guerre mondiale », à moins que les pays ne règlent leurs différends.

Une diplomatie de cette nature est un travail réservé aux grandes personnes, pas aux enfants. Notre groupe actuel de dirigeants devrait s’assumer comme les leaders qui les ont précédés… avant qu’il ne soit trop tard.