En septembre 2019, un lanceur d’alerte a dénoncé les agissements du président américain, Donald Trump.

David Sanschagrin David Sanschagrin
Doctorant en science politique, UQAM

Depuis, l’on a appris que Trump a retenu des fonds, dûment votés par le Congrès pour la défense de l’Ukraine, pour forcer le nouveau président ukrainien à lancer une enquête publique sur la corruption. Cette enquête, selon un modus operandi typiquement trumpien, devait servir à salir un opposant potentiel pour les présidentielles de 2020 : le démocrate Joe Biden.

Depuis, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a lancé une procédure de destitution pour abus de pouvoir et corruption. Les audiences publiques sur l’enquête en destitution du président ont divisé encore davantage la vie politique américaine. Selon le sondage ABC News/Washington Post de novembre 2019, 49 % des personnes sondées ont révélé être en faveur de la destitution du président (contre 47 % en défaveur), et près de 66 % ont jugé que les actions du président sont indignes de ses fonctions. Du côté partisan, 82 % de l’électorat démocrate a affirmé soutenir la destitution, contre seulement 18 % chez les républicains.

Depuis le début du scandale ukrainien, les élus du Parti républicain ont fait front commun derrière le président. Ils ont refusé d’entendre raison sur les faits corroborés par des sources hautement crédibles.

Ils ont plutôt attaqué la réputation des personnes appelées à témoigner. Ils promeuvent même des théories du complot, voulant que ce soit l’Ukraine, et non pas la Russie, qui aurait fait de l’ingérence dans les élections américaines de 2016.

Que ce soit à la Chambre des représentants ou au Sénat, la mauvaise foi des républicains est criante, alors qu’ils adoptent d’une semaine à l’autre des arguments contradictoires pour défendre l’indéfendable.

Au-delà de l'avenir de Trump

Plutôt que de défendre le Congrès comme troisième branche indépendante de l’État et comme rouage essentiel du système de contre-pouvoirs, les républicains ont, par leurs actions et leurs discours, avalisé la théorie des pouvoirs illimités du président et du procureur général, Bill Barr. Ce qui se joue devant le Congrès n’est donc pas que l’avenir politique de Trump, mais aussi, et surtout, le futur de la démocratie constitutionnelle américaine. Si le Congrès ne parvient pas à défendre sa place dans l’ordre constitutionnel, cela en ferait un Parlement croupion, élèverait la présidence à un pouvoir politique quasi despotique, doté des pleins pouvoirs constitutionnels, qui n’aurait de comptes à rendre que devant l’électorat tous les quatre ans.

L’attitude intransigeante et la partisanerie éhontée des élus républicains ont été expliquées par des intérêts bassement électoraux : les supporteurs de Trump sont nombreux, mobilisés et agressifs. Mais aussi, ce dernier peut compter sur le soutien de l’électorat républicain, dont près de 74 % approuverait sa gouverne (ABC News/Washington Post). Mais ces appuis ne sont pas inconditionnels : l’argument communément avancé veut que le soutien des élus républicains dépende de l’opinion publique républicaine. C’est-à-dire que lorsque les élus républicains calculeront que de soutenir Trump leur sera nuisible, ils soutiendront la destitution du président.

Toutefois, une autre explication doit maintenant être sérieusement prise en compte : plutôt qu’un calcul électoral, ce serait plutôt l’impératif d’assurer la survie du Parti républicain et leur contrôle de la Maison-Blanche qui expliqueraient le jusqu’au-boutisme de ses élus. En effet, les audiences publiques ont révélé que l’affaire ukrainienne n’impliquait pas seulement quelques proches du président, comme l’ambassadeur de l’Union européenne, Gordon Sondland, ou l’avocat personnel du président, Rudy Giuliani. 

Selon le témoignage de Sondland, « tout le monde était au courant », depuis le secrétaire d’État, Mike Pompeo, jusqu’au vice-président, Mike Pence, en passant par le secrétaire de l’Énergie, Rick Perry.

Le témoignage de la conseillère spéciale aux affaires étrangères, Fiona Hill, a confirmé que le scandale de l’affaire ukrainienne était qu’elle représentait non pas une diplomatie clandestine, mais plutôt la politique officielle de la Maison-Blanche, à laquelle participait le personnel politique.

Toute l’administration Trump était impliquée dans l’affaire. Quant aux élus républicains, ils se sont tellement avancés dans la défense du président qu’ils ne peuvent sans doute plus reculer. Si Donald Trump tombe, tout le monde tombe avec lui. Ce qui inclut son successeur potentiel, Mike Pence. Si le vice-président tombe, qui doit alors occuper la présidence, dans la ligne de succession ? La présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi.

Avec la procédure de destitution se joue l’avenir constitutionnel des États-Unis, mais aussi celui des républicains, qui risquent d’être complètement éjectés de la Maison-Blanche, d’où leur combativité hargneuse et leur soutien en bloc au président.