La mort de Claude Béland met sous les feux de la rampe son rôle à titre de président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000, ce qui n’est pas rien, compte tenu de l’importance de cette organisation dans le développement du Québec.

Jean-Pierre Girard Jean-Pierre Girard
Chargé de cours en entrepreneuriat collectif, ESG-UQAM, et auteur de Claude Béland : la coopération en action

Mais sa contribution à notre société dépasse de beaucoup ses 13 années à la direction de la plus grande coopérative financière du Canada et une des plus réputées au monde.

De plus, en y regardant à deux fois, de la fin de ses études en droit à l’Université de Montréal au milieu des années 50 jusqu’au dernier moment de ses prises de position publiques, si une ligne directrice se dégage de ses nombreuses interventions, c’est indiscutablement cette idée de concilier démocratie et économie. Nous pourrions dire : sa foi dans le pouvoir des individus sur celui des forces de l’argent ou autres systèmes bureaucratiques.

Dans notre société en quête de repères, plusieurs pourraient trouver une grande actualité dans cette idée. Loin d’être un discours adapté au goût du jour, il s’agit pour Claude Béland d’une pensée qui s’est construite sur plus de 75 ans et qui prend racine dans sa plus tendre enfance. Le parcours mérite le respect !

Peu de gens le savent, mais outre sa carrière au sein du Mouvement Desjardins, Claude Béland n’a jamais ménagé ses efforts pour faire connaître au plus grand nombre ce qui constituait la voie royale de la démocratie économique, soit la coopération, que ce soit par des activités d’enseignement, des conférences et de nombreux écrits, y compris quelques livres dont son fameux code de procédure des assemblées délibérantes qui lui vaudra le qualificatif mérité de « code Béland ».

Nourri par une longue expérience tant sur le plan local que mondial, y compris comme administrateur de l’Alliance coopérative internationale et son comité des banques coopératives, en 2012, à l’automne de sa vie alors qu’il célèbre son 80e anniversaire, il s’engage dans un nouveau projet de rédaction proposant au lecteur un parcours historique de la coopération et cherchant à y trouver un fil conducteur.

Ainsi, dans L’évolution du coopératisme dans le monde et au Québec publié chez Fides, la seule maison d’édition propriété d’une coopérative, Claude Béland fait ressortir les tensions constantes tout au long de l’histoire humaine entre des forces mues par un idéal de vivre-ensemble, de partage et de vie démocratique et d’autres, plutôt sous l’influence de la cupidité, de l’avidité, de la concentration de la richesse, ces dernières forces tenant trop souvent le haut du pavé.

Ce constat lucide ne lui enlevait cependant pas son éternel optimisme relativement à la capacité de faire changer les choses.

Depuis une quinzaine d’années, régulièrement, nous avions l’habitude de deviser sur ces sujets et d’autres. Je ne doute pas qu’il se serait réjoui que je lui parle d’avancées récentes dans la recherche sur diverses formes vivantes illustrant des cas de plus en plus nombreux où la coopération s’avère un facteur d’évolution et non pas la seule compétition, comme un certain discours a tendance à le répéter ad nauseam ! Dans la conversation, il m’aurait certainement fait part d’un de ses aphorismes illustrant ce propos : la coopération crée de la richesse et non des riches !

Mes condoléances à sa femme Lise, ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Le Québec vient de perdre un éminent citoyen.