En réponse au texte de Simon Lapierre, « Aliénation parentale », publié le 27 octobre

Caroline Paradis Caroline Paradis
Présidente et fondatrice du Carrefour aliénation parentale Québec

Le 19 octobre dernier, une journée de conférences et d’ateliers sur le thème de l’aliénation parentale (AP) a réuni plus de 250 intervenants psychojuridiques et membres de familles touchées par des dynamiques d’aliénation parentale.

Il s’agissait d’une première au Québec : organismes, familles, travailleurs sociaux, psychologues, avocats et juges réunis sous un même toit. L’événement était piloté par l’organisme Carrefour aliénation parentale et rendu possible grâce à l’appui financier du ministère de la Justice et à la collaboration de précieux partenaires : l’Association internationale francophone des intervenants auprès des familles séparées (AIFI), le Regroupement des familles monoparentales et recomposées de Laval (RFMRL) et Justice Pro Bono.

C’est avec beaucoup d’étonnement et d’inquiétude que nous avons pris connaissance de la lettre d’opinion de Simon Lapierre, professeur titulaire à l’Université d’Ottawa, visant à discréditer l’événement et à nier le phénomène de l’aliénation parentale.

Permettez-nous de rectifier quelques faits.

L’aliénation parentale n’est pas un phénomène controversé. L’AP est largement documentée par les experts et représente une violence psychologique envers les enfants. Ce qui est controversé, ce sont les positions du psychiatre qui a donné le nom au syndrome, il y a plus de 40 ans. La recherche a considérablement évolué depuis et les chercheurs et cliniciens en quête de solutions ne s’attardent pas exclusivement au syndrome de l’aliénation parentale, mais plutôt au spectre de l’aliénation parentale.

L’aliénation parentale se manifeste et s’opère de manière parfois inconsciente, souvent de manière volontaire, et vise à exclure à divers degrés l’autre parent de la vie de ses enfants.

Le spectre de l’aliénation parentale va de léger à sévère, du risque de perte de lien à la rupture de lien.

Par exemple, à la suite d’une séparation, un parent dont l’identité sociale s’est construite sur sa réalité familiale peut chercher à éloigner l’autre parent afin de protéger sa relation fusionnelle avec son enfant ; un parent qui a refait sa vie avec un nouveau conjoint peut chercher à exclure l’autre parent afin de limiter la gestion des compromis ; un parent peut aussi chercher à se venger à la suite d’une rupture en dénigrant et sabotant la relation entre ses enfants et l’autre parent. Les cas de figure sont aussi nombreux que complexes.

Contrairement à ce qui est avancé dans le texte de M. Lapierre, l’aliénation parentale ne se résume pas à son instrumentalisation en situation de violence conjugale et post-conjugale.

Il est par ailleurs important de comprendre que l’aliénation parentale ne connaît pas de genre ni de statut socioéconomique.

M. Lapierre dénonce à juste titre l’instrumentalisation de l’aliénation parentale. Là où nous croyons qu’il erre, c’est lorsqu’il demande à ce que l’aliénation parentale ne soit pas reconnue et qu’elle soit exclue des textes de loi. Tous les experts s’entendent sur ce point : la réponse à l’aliénation parentale est psychojuridique et commande le travail concerté d’une cellule multidisciplinaire.

Ce qui se trouve par ailleurs dans l’angle mort de M. Lapierre, c’est qu’il invalide la parole de nombreuses victimes, dont celle des femmes  ! Nous avons, au cours des deux dernières années, recueilli plus de 1000 témoignages, dont la moitié provenant de femmes qui ont dénoncé l’aliénation parentale de leurs ex-conjoints et qui se sont vues traitées de folles (sic) et d’hystériques (re-sic) à défaut de comprendre les dynamiques en jeu.

Il est important de comprendre que l’aliénation parentale est une violence psychologique envers les enfants et qu’elle menace leur intégrité, leur sécurité et leur développement.

Les séquelles et l’héritage de l’aliénation parentale sont extraordinairement lourds de conséquences (troubles mentaux et alimentaires, anxiété, dépression, tentative de suicide, etc.).

Peut-être cela échappe-t-il à M. Lapierre, mais nous poursuivons les mêmes objectifs et menons le même combat. Car les premières victimes de l’instrumentalisation de l’aliénation parentale (ce qu’il dénonce) et de l’aliénation parentale sont les mêmes : les enfants  !

Il est par ailleurs faux de dire que les experts qui se prononcent sur l’aliénation parentale occultent la réalité des violences post-conjugales. Cette réalité fait partie de la littérature et du champ d’études des experts.

Nous souhaitons collectivement assurer la sécurité des femmes en situation de violence post-conjugale  ? Alors, participons à la connaissance, à l’éducation, pas à l’ignorance des dynamiques en jeu. Enrayons le phénomène en commençant par empêcher son instrumentalisation !

Le Carrefour aliénation parentale guide les familles aux prises avec des problématiques d’aliénation parentale : mères, pères, grands-parents, nouveaux conjoints et enfants aliénés. Et il est évident que la solution aux problèmes qui découlent des dynamiques d’aliénation parentale ne se trouve pas dans la censure, mais plutôt dans l’ouverture, la formation des organismes communautaires, des intervenants sociaux, des psychologues, des avocats et des juges  !

À ne pas vouloir les nommer, nous restons sur la ligne de touche à regarder les violences se répéter, un cercle vicieux que les experts présents à l’événement cherchaient activement et courageusement à combattre.