En commission parlementaire la semaine dernière, Desjardins vient de déplacer le projecteur sur une problématique beaucoup plus large que le vol de données personnelles. 

Martine Dorval Martine Dorval
Détentrice d’une maîtrise en administration publique et fellow de la Société canadienne des relations publiques*

Même si on peut y voir une habile stratégie pour jeter le blâme ailleurs que sur elle-même, il n’en reste pas moins que le sujet devrait occuper une meilleure position dans le programme de nos gouvernements. Car au-delà d’apaiser des inquiétudes fort légitimes quant au vol d’identité et la fraude, ils doivent faire preuve de vision.

L’utilisation des données de masse et leur traitement grâce à l’intelligence artificielle se développent à une vitesse qui nous dépasse tous. Le potentiel de nuisance de technologies laissées pratiquement sans contrôle non seulement sur l’économie et le commerce, mais sur la vitalité des démocraties, nécessite des mesures robustes et coordonnées à l’échelle nationale et internationale.

En tout respect pour le commissaire à la vie privée et la Commission d’accès à l’information, leur statut ne leur confère ni l’autorité ni les moyens nécessaires pour lutter contre les fléaux qui nous guettent si rien n’est fait. Au mieux, ils pourront ériger une certaine barrière de protection dont l’étanchéité restera temporaire et hypothétique.

Le sujet des données cause des préoccupations depuis plusieurs années. Le sommet du G7 de 2018 dans Charlevoix a donné lieu à une déclaration visant à adopter des approches concertées.

L’Agence France-Presse rapportait en mars 2018 que les pays du G7 avaient défini des « approches communes » sur l’intelligence artificielle (IA). Les sept ont défini une « vision commune d’une IA centrée sur l’humain, une vision qui exige d’aborder avec soin le développement et le déploiement de cette technologie prometteuse ». Les principes énoncés soulignent l’importance « d’augmenter la confiance envers l’IA », notamment en renforçant la protection des données personnelles.

La prestigieuse Université Cambridge a mis sur pied un centre de recherche — le Center for the Study of Existential Risk — qui regroupe des technologues, des académiciens et des spécialistes des politiques publiques. L’objectif est de promouvoir une utilisation bénéfique des nouvelles technologies. 

Mais pour ce faire, les chercheurs ne sont pas sans soulever régulièrement dans des rapports étoffés les risques de cette nouvelle réalité si rien n’est fait pour encadrer les pratiques et développer une éthique forte.

Lorsque la radio et la télévision ont fait leur apparition, les gouvernements ont su voir plus loin que l’immédiat et ils ont réglementé l’accès aux ondes, sans pour autant restreindre la liberté d’expression. Au contraire, ils ont favorisé un contexte et des modalités permettant la diversité.

Chut, on pourrait nous entendre !

Certains se souviendront de l’époque où, devant la nouveauté du petit écran, plusieurs posaient la question : peuvent-ils nous voir, nous observer ? Une question qui faisait sourire, mais qui devient légitime avec tous les appareils intelligents que nous choisissons de laisser entrer dans nos chaumières pour alléger le fardeau d’actionner un interrupteur ou de choisir de la musique, pour nous rappeler d’aller dormir et nous fournir des données de performance.

Si nous souhaitons apprécier ces dispositifs ou les objets connectés et ne pas leur concéder le statut d’espion ou de mouchard, assurons-nous d’en demeurer les maîtres.

Toutefois, ne comptons pas seulement sur les gouvernements. Sans nous priver des côtés fort positifs de l’ère numérique, évitons de fournir suffisamment de données pour nous livrer en pâture aux profileurs des temps modernes et espérons que nos gouvernements réalisent qu’ils peuvent, tout comme les citoyens, voir leur intégrité fragilisée.

* Martine Dorval est l’auteure du roman Sur les montagnes russes, qui aborde notamment la question de l’encadrement des nouvelles technologies.