Est-ce que vous vous êtes déjà imaginé passer la nuit à -25 degrés, épuisés par le stress de la rue, le ventre creux par une alimentation défaillante et avec des vêtements humides, voire trempés ?

Caroline Leblanc et Kristelle Alunni-Menichini
Respectivement étudiante au doctorat en santé communautaire et candidate au doctorat en toxicomanie

Vous croyez sincèrement qu’il est possible d’avoir accès à un refuge en claquant des doigts ?

La réalité est que l’accès aux refuges est encore difficile. Souvent, les personnes itinérantes souhaiteraient avoir accès à un lieu de répit, sans stress, à la chaleur, mais ce n’est pas toujours possible. C’est souvent le cas pour les personnes qui ne cadrent pas dans les critères d’accès des ressources, qui y sont bannies ou lorsque les ressources ne sont pas disponibles pour les accueillir. 

Pensons, par exemple, aux personnes qui consomment des substances, celles qui ont un animal de compagnie, qui sont en couple, qui font partie d’une minorité sexuelle ou qui ont des troubles de comportement. Vous n’auriez pas des sautes d’humeur dans ces conditions ?

Cette année à Montréal, l’offre hivernale de services est bonifiée, ce qui démontre une grande volonté de mettre en place un filet de sécurité autour des personnes itinérantes pendant les grands froids.

Le problème est qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, les refuges affichent complet et fonctionne au maximum de leur capacité.

Pourtant, les ressources supplémentaires restent inaccessibles malgré le froid qui frappe la métropole, et ce, jusqu’au 2 décembre. Beaucoup de lits vides qui pourraient sauver des vies.

Rappelons qu’en période hivernale, les haltes-chaleur et l’unité de débordement offrent une solution de rechange aux personnes itinérantes qui sont réfractaires, restreintes ou bannies d’utiliser les refuges d’urgence en place. Il s’agit d’un lieu où la personne peut se reposer et se réchauffer. Tous sont admis, même les êtres à quatre pattes.

Ces ressources à haut seuil de tolérance sont nécessaires bien avant le 2 décembre et devraient être ouvertes 24 heures sur 24, mais c’est loin d’être le cas. Les gens doivent quitter les lieux à 7 h, même encore plus tôt lors des grands froids. Pourtant, bien des provinces l’ont compris. À Toronto, les haltes-chaleur sont ouvertes dès le 15 novembre, 24 heures sur 24. Et ici dans la métropole, que se passe-t-il ? Et en région ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que pour bien des personnes, ces ressources sont la seule option pour survivre.

En ce moment, ce trou de service force les personnes itinérantes à jongler avec des ressources limitées. Quand le thermomètre montre -10, -15 ou -27 °C, nos capacités de faire face à ces conditions métrologiques sont restreintes, ce qui engendre de très grands risques pour la santé, la sécurité et l’intégrité des personnes qui y sont exposées. Certaines vont subir une amputation à la suite de complications liées à une engelure ou même mourir d’hypothermie.

Cette situation est alarmante. Dans une société telle que la nôtre, personne ne devrait être laissé derrière à aucun moment de l’année, été comme hiver.

Nous devons arrêter d’exposer des personnes itinérantes à de très grands risques de mourir. Combien d’entre elles mourront cet hiver ?

Aucune donnée du coroner ne nous permettra de le savoir, puisqu’elles sont inexistantes.

Les personnes itinérantes ne sont pas des citoyens de seconde zone ; il est crucial d’agir le plus rapidement possible afin que les ressources supplémentaires soient disponibles dès les premiers froids. Tous ont le droit de vivre en sécurité et dans la dignité, et ce, durant toute l’année.

Personne n’est à l’abri d’être une personne sans-abri. (Y. Therrien, 2016)