La défaite des libéraux aux dernières élections a été brutale et l’actuelle traversée du désert, bien que difficile, est normale et inévitable.

Félix Rhéaume Félix Rhéaume
Avocat et ex-directeur de cabinet dans le gouvernement de Philippe Couillard

Il y a malgré tout des signaux encourageants. D’abord, le vernis de la CAQ craque et la gestion chaotique du dossier de l’immigration a fortement entamé la lune de miel qui perdurait. Ensuite, l’arrivée d’Alexandre Cusson au Parti libéral du Québec (PLQ) démontre la capacité d’attraction et la résilience d’un parti que plusieurs croyaient à terre. Sa venue annonce également que nous aurons vraisemblablement une course au leadership avec au moins deux candidats de grande qualité.

Au cours des derniers mois, les appels se sont multipliés pour renouveler le parti dans le respect des valeurs libérales rédigées par Claude Ryan. On a avancé l’idée d’une loi sur l’interculturalisme et on a aussi proposé que le Québec se dote de sa propre Constitution, deux recommandations appuyées notamment par les jeunes libéraux lors de leur dernier congrès.

Plus récemment, on a évoqué le souvenir de Robert Bourassa pour parler du nationalisme qui devrait être mis de l’avant pour reconquérir l’électorat francophone. L’enjeu constitutionnel, un des éléments qui a le plus marqué les années Bourassa, est cependant encore une fois absent des débats actuels.

Le dossier constitutionnel est politiquement sensible. Si tous reconnaissent que cette question devra éventuellement être réglée, elle a le plus souvent été occultée depuis l’échec du lac Meech et le référendum de 1995.

Pendant des années, « le fruit n’était pas mûr ». Il était plus simple d’ignorer le sujet ou de le reléguer derrière d’autres priorités comme l’économie ou la santé qui, reconnaissons-le, interpellaient davantage les Québécois.

Puis, le gouvernement Couillard et son ministre Jean-Marc Fournier ont lancé la première Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes intitulée Québécois, notre façon d’être Canadiens. Cet ouvrage fouillé avait le mérite de relancer le dialogue avec la société civile sur l’avenir du Canada et la place du Québec, sans proposer de se lancer immédiatement dans une ronde de négociations constitutionnelles.

L’accueil plus que froid réservé à ce document par Justin Trudeau démontre que le gouvernement fédéral n’a pas d’appétit pour un débat constitutionnel visant à répondre aux aspirations du Québec.

C’est regrettable, mais la conjoncture d’aujourd’hui pourrait le forcer à se raviser.

Le mécontentement des provinces de l’Ouest et la volonté des autochtones pour plus d’autonomie et de reconnaissance sont des éléments qui pourraient rendre le contexte plus propice à une discussion constitutionnelle, où les enjeux du Québec seraient centraux et incontournables.

Pour le prochain chef du PLQ, il ne s’agit pas d’en faire la priorité numéro un, encore moins de vouloir signer à n’importe quel prix la Constitution canadienne, mais d’avoir le courage d’aborder franchement le sujet et de reconnaître qu’il n’est pas normal que le Québec ne soit pas signataire de l’acte constitutif du pays. Tôt ou tard, il faudra corriger le triste souvenir de 1982.

Renvoyer aux calendes grecques cette tâche ou mettre en opposition cet enjeu avec d’autres priorités serait une erreur. On peut parler d’environnement et d’éducation en même temps que de constitution. La rédaction d’une constitution du Québec peut également très bien se faire en parallèle de démarches visant à voir le Québec réintégrer la Constitution canadienne. Il sera intéressant de voir les candidats à la direction du PLQ se positionner sur cette question.

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