On remarque souvent l’éthique lorsqu’elle fait défaut, mais elle a pourtant un rôle positif à jouer et peut être un outil précieux pour se réapproprier l’art de réfléchir et d’interagir avec les autres, explique René Villemure.

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

René Villemure

On dit que l’éthique est partout. On parle d’éthique dans les médias, les gouvernements et les dirigeants d’entreprises se dotent, pour les uns, de commissaires à l’éthique, pour les autres, de codes d’éthique, mais osons la question : parle-t-on d’éthique ou n’évoque-t-on plutôt que la non-éthique ? Il importe de remarquer que l’on ne parle habituellement pas d’éthique dans les médias, mais bien de manquements à l’éthique. Et entre l’éthique et ses manquements, il y a une importante différence.

Si l’on peut souvent lire que « Monsieur X manque d’éthique », on entend rarement : « Oh, lui, il est l’éthique en personne. » Pas que ce soit impossible, mais, la plupart du temps, on n’en souffle mot. Le vice est plus intéressant que la vertu. Et plus payant, aussi. 

Dans les séminaires et les conférences, lorsque je demande aux participants de définir l’éthique, la plupart peinent à le faire et peu y arrivent.

Outre que de dire que « l’éthique, c’est bien », les participants peuvent généralement nommer ou décrire des cas bien réels de non-éthique, que ce soit de la fraude, de la corruption ou, encore, un conflit d’intérêts, mais l’éthique en elle-même, c’est plus difficile. 

Bien que tous connaissent le mot « éthique », peu en connaissent réellement le sens ; en conséquence, et même si cela peut sembler étrange, l’éthique est un sujet qui souffre de sa notoriété. C’est pourquoi il faut bien comprendre qu’on n’arrivera pas à apprivoiser l’éthique sans bien la définir ou en ne parlant que de son contraire. L’éthique constitue une interrogation sur la conduite à tenir dans un contexte donné, souvent non balisé, tout en ayant le Juste comme horizon. L’éthique doit montrer le chemin. 

La tâche de l’éthicien, c’est d’aider à accoucher la pensée, pas de fournir des réponses

L’éthique est importante parce que le monde change et qu’il faut comprendre la nature et la portée de ce changement. Plus que jamais, demain ne sera pas comme hier ; il faut donc changer nos façons de voir et de comprendre le monde. Face aux changements, nous ne sommes souvent plus certains de la conduite à tenir dans nos relations avec les autres et devant les choix auxquels nous faisons face, de nouvelles questions exigent dorénavant de nouvelles réponses puis, il ne faut pas l’oublier, parce que la nouvelle génération, soit les millénariaux et la iGen, exige de plus en plus d’éthique dans de plus en plus de domaines — pensons ici à l’environnement et à la justice sociale — et que sa vision de ces enjeux est en rupture avec celle de ses prédécesseurs. 

Enfin, parce que, devant l’ampleur des changements à venir, suivre la règle sera insuffisant, car, pour la plupart de ces nouvelles situations, il n’y aura pas de règles. Elles seront à inventer.

Les 10 ou 15 prochaines années nous forceront à nous interroger davantage sur des sujets qui n’existaient pas ou peu hier.

Que penser de l’hypersensibilité qui engendre l’auto-justice ? Que penser du poids des médias sociaux et du fait que ceux-ci sont considérés comme des vecteurs de vérité incontestable qui peuvent détruire des réputations en quelques clics ? Que penser de l’avenir des relations humaines dans un monde connecté et robotisé ? 

Seuls. 

Nous sommes souvent seuls devant un choix à faire ou une décision à prendre, nous demandant : « Quoi faire pour Bien Faire ? » C’est à ce moment que l’éthique et la réflexion éthique s’avéreront nécessaires, afin de vous aider à y voir plus clair, puis à prendre une décision, tout en ayant bien compris les motifs qui vous mènent à prendre cette dernière. 

L’éthique est un guide destiné à donner un sens à vos actions, un sens à votre vie, c’est-à-dire une direction, une voie ou un chemin qui vous permettra d’éviter l’égarement, l’inconduite et la faute. Car, bien au-delà de ne pas mal faire, l’éthique, avant tout, c’est Bien Faire en cherchant à atteindre le Juste. 

Dans un monde gouverné par l’opinion, il est plus facile d’écouter ce qui se dit autour de soi et d’en tirer sa propre opinion que de réfléchir soi-même ; dans le monde de l’opinion faite par d’autres, il est plus facile de relayer que de réfléchir. Il faut cependant comprendre que ce renoncement à la réflexion au profit d’une « réflexion toute faite » a un coût : plutôt que d’être l’architecte de votre vie, vous n’en devenez que le spectateur. Ne voulant pas en rester à ce stade, il faut se réapproprier le réflexe de penser, de réfléchir, de raisonner. L’éthique n’a jamais été et ne sera jamais une recette. La tâche de l’éthicien, pour le dire en m’inspirant d’un professeur de philosophie qui m’a beaucoup marqué, c’est d’aider à accoucher la pensée, pas de fournir des réponses.

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L’éthique pour tous… même vous !, René Villemure, Les Éditions de l’Hommes, 2019, 244 pages.