Je voulais dire qu’il était minuit moins une pour planter l’ail pour l’an prochain et puis la neige est tombée. J’avais heureusement mis les caïeux en terre fin octobre, et c’était déjà tigé de plusieurs centimètres cette semaine. Elle est forte en titi, cette plante. Pluie, gel, neige, vents.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

Parlant de météo, bref retour sur l’Halloween ; vous savez cette fête qu’on a reportée à Montréal parce qu’on est dans une psychose de surprotection débile ; ben, les vents ont jeté des branches au sol et ont déraciné des arbres chez moi. Si jamais le mur américain ne fonctionne pas, parce que ça roule carré pour leur président en ce moment, peut-être qu’on pourrait ceinturer la ville de Montréal et faire en sorte qu’on s’évite d’atroces souffrances ou même la mort parce qu’on annonce de la pluie.

On respire et on continue.

C’est donc dans la neige cette semaine, avec une scie mécanique, que j’ai nettoyé les trails dans le bois. La lumière était belle, mais faisait frette en petit Jésus pour travailler dehors.

Vous savez quoi ? Quand il fait froid, on peut s’habiller. Alors j’ai mis un coton ouaté.

Mais non, je n’en parlerai pas. Sinon pour dire que je me demande sérieusement si on ne s’affaiblit pas un peu quand on est capable de faire une histoire existentielle avec rien.

Je sais, la députée forte avec des valeurs, des convictions et des idéaux ; j’ai quand même le pressentiment qu’à la fin de l’histoire, il va y avoir un bûcher et une guerrière. Parce que les histoires de princesses seules contre le destin du monde, ce n’est pas la réalité.

Crise existentielle, donc.

On dirait parfois, souvent, qu’on pense avec une loupe. Conséquence des réseaux sociaux, de l’anxiété générale et des casques de vélo ?

Je parle des casques de vélo parce que c’est là que tout a basculé. C’est un itinérant, Richard, angle Saint-Denis et De Maisonneuve qui me l’a dit. Il était bien placé, lui piéton immobile sur l’éternel. Il a tout vu de son coin de rue. Cela étant dit, faut-il rappeler que des milliers d’hommes, et quelques femmes, vivent beaucoup dehors à l’année ? Halloween ou pas.

Je suis un peu d’accord avec lui sur le casque. Un jour, on s’est mis à avoir peur de tout. On va laisser aux sociologues, aux psys et à la philosophie les explications. Mais, coïncidence, c’est au moment même où on s’est mis à envisager le danger partout qu’on est devenus fous. On s’est mis à voir et inventer des risques et des dangers partout. Peut-être est-ce la faute aux compagnies d’assurances ? Aux entreprises pharmaceutiques ? Ou simplement à la Reine des neiges de Disney ? Une princesse dont le malheureux sort est d’avoir peur de ses pouvoirs. Tiens, tiens. Fuck Disney.

Toujours est-il qu’on vit une psychose sociale dont on ne sortira pas de sitôt. Dans l’ancien temps, s’est-on fait dire, on avait peur du bon Dieu et du diable, et de quelques valeurs. Les temps ont changé, c’est maintenant de soi qu’on a peur. De nous. Comme si l’incapacité de se prendre en charge était devenue honteuse et évidente.

Toutes ces pensées m’arrivent quand je fais une pause pour remettre du gaz dans la scie mécanique. À qui la faute ? Aux vapeurs d’essence sûrement ? J’ai essayé une scie mécanique électrique, mais à cette vitesse, les arbres tombés sur le réseau d’Hydro auraient mis deux ans à être coupés. Les limites de toutes les vertus, même écologiques, sont variables quand c’est de soi qu’il est question. Dans le fond, on connaît la fin, non ?

Le chemin dans le bois est libre. Ça fera du bois de chauffage. J’ai passé l’Halloween avec deux de mes enfants, le 31 octobre à la pluie. Contre toute attente, on a survécu. Et je leur ai piqué leurs Kit-Kat et Aero, quand ils dorment évidemment, sans avoir peur de ne pas aller au ciel. Parce que ça ressemble drôlement à ça, parfois, la vie. Qui elle, n’offre aucune police que tout ira bien. Peut-être que c’est ce qu’il faudrait dire aux enfants plutôt que de les protéger et faire semblant qu’on peut tout prévoir et prévenir, et les isoler contre la peur de tout et rien.

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Quel bel automne on a eu ! Greta est repartie ; mon anxiété est retombée (hé… hé…). Un nouveau gouvernement canadien plein de promesses qui ne fera que du bon parce qu’il a compris le message (choisir ici votre personnage préféré de la Reine des neiges pour faire image). Une histoire de destitution américaine, sans trop d’attente, qui meuble la faim monstre des actualités et du besoin tragique de faire triompher le bien sur le mal (!!!). Tout ça pendant qu’on se protège légalement contre cette immigration violente qui ébranle nos valeurs… Câline, dans la plupart des fermes maraîchères et laitières que je connais, ce sont des travailleurs saisonniers d’Amérique du Sud qui traient les vaches et se penchent 12 heures par jour parce qu’on ne veut plus le faire. Et toute cette main-d’œuvre des régions qui fait défaut parce que ça ne nous tente plus. On est ailleurs. Préoccupés à prévoir tous les dangers du monde.

Y a des mononcles et des matantes terrifiés qui devraient se garder une petite gêne quand ils votent. Et prendre leur gaz égal.

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Tout cela pour dire que l’ail est semé en octobre et en novembre. Il fait noir, il pleut, il gèle, il neige. Et ça marche quand même l’été suivant. Drôle de patente.

Fuck Disney, faudrait équiper les enfants avec des vrais références ; parce que les vraies histoires avec des filles à cheval ressemblent davantage à Jeanne d’Arc qu’à la Reine des neiges.

C’est dimanche. Faut prévoir. Vais préparer mon casque pour marcher sur les trottoirs de Montréal cet hiver. Prendre rendez-vous pour me faire vacciner. Acheter de l’échinacée, faire poser les pneus d’hiver, éviter la viande rouge, checker la météo avant de sortir dehors. Et croire au père Noël.