Certains carburent aux émotions fortes. Je l’avoue, c’est un peu mon cas.

Maude Boyer Maude Boyer
Enseignante en classe d’accueil et au baccalauréat international

C’est le cas aussi, il me semble, de la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard, partie en croisade, mardi dernier, à la défense de Catherine Dorion et de son coton ouaté à l’Assemblée nationale. Mme Bouchard en a profité, au passage, pour faire un lien idéologique douteux entre le coton ouaté et le port du voile et, par conséquent, la loi sur la laïcité.

Mue par son indignation, la pasionaria du libre choix a invité toutes les femmes du Québec à porter un coton ouaté ainsi que le voile (ça, c’est encore plus cool) afin de manifester leur appui à la flamboyante députée de Québec solidaire et par le fait même à lutter pour le droit des femmes à disposer de leur corps.

Cette caricature de la bravoure, mis à part sa bouffonnerie grotesque, cache aussi un autre malaise : on s’ennuie dans ce Québec douillet. Ce Québec tellement douillet que notre vêtement iconique est le coton ouaté : doux, confortable et sécurisant, il nous protège des rigueurs de ce monde rempli de lois injustes et de conventions désuètes auxquelles on doit se soumettre, hélas !

Ce Québec tellement pépère, qu’on doit se créer des causes à défendre et s’inventer des victimes afin de se sentir en vie.

Entendons-nous : des victimes, il y en a partout, ici comme ailleurs, et on se doit de les protéger. Cependant, faire de Catherine Dorion une égérie martyre et un symbole d’oppression des femmes et tout particulièrement des femmes voilées est, pour le moins, tiré par les cheveux et surtout indécent.

Quiconque a voyagé un peu et vécu dans d’autres pays vous le confirmera : dans la plupart des endroits dans le monde, du moins, ceux dans lesquels j’ai vécu, aucun ne se mesure au Québec en ce qui concerne les droits des femmes. Mon goût des émotions fortes m’a incitée à parcourir le monde : des expériences inoubliables et riches qui me faisaient vivre l’exotisme au quotidien et où je carburais à l’adrénaline. Des expériences qui me rappelaient aussi à quel point les femmes sont vulnérables et empêtrées dans un système patriarcal dans la plupart des pays du monde et à quel point, ici, nous pouvons nous y sentir en relative sécurité grâce à notre état de droit et notre mentalité progressiste.

Je vous suggère, Mme Bouchard, si le goût des émotions fortes vous titille encore, de faire un appel à toutes les femmes du Québec à envoyer leurs cotons ouatés aux Iraniennes qui osent enlever leur voile : ça allègerait les sévices des coups de fouet auxquels elles s’exposent. Vous pourriez aussi, tout simplement, faire de courtes missions à l’étranger là où les besoins primaires des femmes et des fillettes sont criants : la douceur d’un coton ouaté ajouterait un petit baume à l’extrême dureté de leur quotidien.