C’est le titre du nouveau livre du député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, qui m’a inspiré cette lettre ouverte.

Mélanie Demers Mélanie Demers
Psychoéducatrice, sinistrée de Pointe-Calumet

Étant moi-même psychoéducatrice et aussi sinistrée des inondations de 2017 et de 2019, je n’ai qu’un seul souhait à l’approche des festivités  : pouvoir constater le recouvrement et le retour à une certaine normalité pour l’ensemble des sinistrés du Québec.

Depuis le mois d’avril dernier, dans l’opinion publique, il y a deux catégories de sinistrés : ceux de Sainte-Marthe-sur-le-Lac et ceux du reste du Québec. J’ai été forcée de constater cette triste réalité dans un spectacle, vendredi dernier, lorsqu’un humoriste a fait une blague contribuant à diviser l’opinion publique et séparant les deux réalités des sinistrés du printemps dernier.

Dans les faits, il est vrai que les citoyens de Sainte-Marthe-sur-le-Lac ont vécu un évènement vraiment dramatique. Le bris de la digue naturelle m’apparaît comme un trauma important. Plusieurs générations sont touchées par ces évènements, plusieurs familles seront brisées.

Les médias rapportent plusieurs effets collatéraux des inondations d’avril dernier : séparations, faillites, violence conjugale et même des suicides. Nous avons vu cette semaine les intervenants visiter chaque maison afin d’apporter aide, accompagnement et soutien à la santé mentale des sinistrés. Au moins une fois par semaine, il y a un reportage de la situation des sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac dans les médias. 

Mais quelle est la réalité des autres sinistrés ?

Tous dans le même bateau

Depuis le début, tous les sinistrés de toutes les régions et de toutes les municipalités touchées sont pris au piège et font face aux mêmes enjeux : perte de dossier, évaluation des dommages non représentative des dommages réels, visite des inspecteurs trois à quatre mois après le retrait des eaux, envoi de certaines sommes sans explication de la part des fonctionnaires du Ministère, suivi improvisé, aucune réponse à nos questions pendant plusieurs semaines, etc.

Ajoutons à cela les particularités du monde immobilier, les règles d’urbanisme de chaque municipalité, l’imposition de la zone d’intervention spéciale qui limite les possibilités, les mains enchaînées des élus municipaux et le désespoir des sinistrés de constater que leur maison devra être reconstruite ou détruite.

Pour ma part, je veux quitter ma demeure. Je désire recevoir l’allocation de départ et ainsi recommencer ailleurs, là où je serai loin du risque d’inondation.

Avant 2017, il n’y avait jamais eu une seule goutte d’eau sur mon terrain. Le projet de digue en face de chez moi, dans ma municipalité, n’aura pas lieu et cela fera en sorte que je ne serai pas protégée l’année prochaine. On ignore volontairement notre sécurité et notre santé mentale.

En intervention comportementale, on utilise parfois la stratégie de l’ignorance intentionnelle afin d’ignorer volontairement un comportement ou une attitude que nous voulons voir disparaître. Dans la littérature, il existe une contre-indication importante à l’utilisation de cette stratégie : on ne peut l’utiliser auprès de personnes présentant un état anxieux ou une difficulté réelle dans la réponse à leurs besoins fondamentaux.

Cessez d’ignorer la détresse des sinistrés du Québec, Monsieur le Premier Ministre. Députés des partis de l’opposition, soyez proactifs ; ce sont les citoyens de vos circonscriptions qui vivent dans la détresse et le désespoir tous les jours. Depuis sept mois, il y a des citoyens qui vivent dans des situations plus que précaires et ils n’attendent qu’une seule chose : retrouver la quiétude d’une demeure saine, à l’abri des risques des zones inondables, reconstruire leur maison avec les sommes correspondant au coût réel des dommages, ou recevoir une allocation de départ et reconstruire leur vie ailleurs.