Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) est en danger. Difficile de comprendre que les oppositions ne se soient pas emparées de ce dossier plus tôt. Difficile aussi d’accepter que le gouvernement n’ait pas encore décidé de consacrer, en récurrence, une toute petite partie des surplus quand même impressionnants dont il dispose à la gestion, au traitement et à la mise à disposition de l’information documentaire. Comment s’expliquer le manque d’intérêt et l’inaction du ministère de la Culture et des Communications en ce dossier ?

Carol Couture Carol Couture
Ex-conservateur et directeur général des archives nationales du Québec à BAnQ*

L’information documentaire est la colonne vertébrale de la culture québécoise, mais trop peu savent que c’est aussi la base même de la gestion administrative de l’appareil gouvernemental et des organismes publics. L’information documentaire, c’est le livre sous toutes ses déclinaisons (papier, support numérique, son, image, etc.), mais c’est aussi les archives, qu’elles soient d’utilisation courante dans le fonctionnement quotidien de nos administrations publiques qui les créent ou essentielles à la constitution de la mémoire de la nation. L’information documentaire, c’est donc toute cette information qui permet de savoir, de connaître, de comprendre.

Comme l’a courageusement démontré le président-directeur général de BAnQ, Jean-Louis Roy, dans ses propos parus dans La Presse le mardi 29 octobre dernier, la Grande Bibliothèque, et par le fait même BAnQ, sont actuellement à la dernière limite de leur résistance face aux réductions budgétaires importantes qu’elles ont subies depuis une dizaine d’années. On le comprend dans les déclarations de M. Roy et l’intervention éclairante de Lise Bissonnette à la portion Grand Angle de l’émission Midi info de Radio-Canada le même jour. Notre « plus grande institution culturelle québécoise » est à bout de souffle. Qu’attend-on pour faire quelque chose ? Où êtes-vous, Madame la Ministre de la Culture et des Communications ? Où sont les forces du milieu des sciences de l’information qui peuvent intervenir, faire pression et rappeler à nos décideurs qu’un réveil s’impose de façon urgente pour peu qu’on se soucie de cette information dont le Québec est si riche ?

Élargissons la perspective et rappelons que par la Loi sur l’accès à l’information, le citoyen a un droit inaliénable d’accès à l’information que génèrent l’appareil gouvernemental et les organismes publics.

Or, dans le contexte actuel, la gestion de cette information est mise à mal par manque de moyens bien sûr, mais aussi pour cause de vétusté notable de son encadrement législatif. Si l’information est inadéquatement gérée dans l’administration gouvernementale, qu’advient-il du droit d’accès à l’information ? Il est difficilement praticable ! Difficile, voire impossible de trouver l’information qu’on ne peut plus retracer ou, pire, qui n’existe tout simplement plus. Droit inaliénable d’accès à l’information, mais quelle qualité d’accès et à quelle information ?

Révision en profondeur

Pour régulariser cette situation, un retour à des moyens financiers adéquats est urgent. Mais il y a plus. On pense à la désuétude de l’encadrement législatif qui plombe le droit à un accès raisonnable à l’information. Une révision en profondeur et à court terme s’impose de la Loi sur les archives qui date de 1983 et qui est à la base même de la gestion de l’information qu’encadre la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. En bref, la loi d’accès régit le droit du citoyen à l’information et la Loi sur les archives encadre la création, la gestion et la conservation de cette information. Bien sûr, il y a eu des ajouts et des corrections comme il se doit. Mais tout cela est mineur et ne tient aucunement compte des transformations profondes qu’a amenées l’arrivée des technologies de l’information. Souvenons-nous que dans les années 80, le papier dominait toujours nos univers. Rien ne préparait nos législations à la révolution profonde qu’ont connue la gestion et l’accès à l’information.

Un coup de barre est donc patiemment attendu en ce dossier du financement de BAnQ et d’une mise à jour incontournable de la Loi sur les archives pour que cette institution et toutes ses composantes retrouvent vigueur, motivation, enthousiasme et aplomb. Madame la Ministre de la Culture et des Communications, êtes-vous là ? Si oui, soyez sensible aux appels raisonnables de la direction de BAnQ qui souhaite disposer des moyens financiers appropriés et des outils législatifs efficaces pour répondre adéquatement à notre juste droit à une information durable et de qualité.

* Carol Couture est professeur titulaire honoraire à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal.