On a déposé cette semaine à Québec, le jour de l’Halloween, un projet de loi qui abolit le Fonds vert et qui, sous ce déguisement, consacre en douce l’abolition de la seule organisation au Québec qui a un plan crédible de lutte contre le réchauffement climatique : Transition énergétique Québec (TEQ).

Dominic Champagne Dominic Champagne
Le Pacte pour la transition

C’est TEQ qui est responsable de la réduction de 60 % de nos émissions. C’est TEQ qui par ses programmes génère actuellement le plus de réduction de GES au Québec. C’est aussi TEQ qui a le seul plan concret de réduction sur cinq ans. Un plan qu’il aurait été pourtant simple de parfaire, en augmentant son autorité, ses moyens et ses ambitions, pour le mettre en phase avec ce que la science du climat exigeait avec alarme une semaine après l’élection de la CAQ en octobre 2018 : 45 % de réduction d’ici 2030 et la carboneutralité pour 2050.

Cette mesure aurait pu être annoncée fièrement il y a un an, dès l’arrivée de la CAQ au pouvoir. Mais on le sait, l’environnement est l’angle mort de ce gouvernement.

À preuve, ce rebrassage des cartes proposé cette semaine, sans réelle vision, sans trop de conviction où ça finit par sentir beaucoup l’improvisation.

En quoi concrètement ce nouveau projet de loi répond concrètement à l’urgence climatique ? Qu’y a-t-il de mieux ici qui n’existait pas dans le plan directeur de TEQ ? Où sont les références aux meilleures pratiques ? On ne retrouve dans ce projet de loi aucune reddition de compte, avec cibles précises, ni aucun indicateur de performance qui permettrait de juger de l’efficacité de cette approche.

Et on se dit pragmatique !

Un retour à la grande noirceur ?

On fait valoir une « gouvernance efficace » en matière de lutte contre le changement climatique qui viendra… dans quelques mois ! Pour l’instant, on ôte son indépendance à une institution en plein essor, on consacre la centralisation des pouvoirs et les milliards du Fonds vert, sans aucun mécanisme de surveillance et sans contrôle des activités, dans les mains d’un ministre de l’Environnement qui prétend que le troisième lien est un projet de développement durable et que le projet de gazoduc GNL Québec va réduire nos émissions de GES ! Est-ce un retour à la grande noirceur de Duplessis où on accorde aux ministres des enveloppes budgétaires dont l’utilisation sera aussi discrétionnaire que possible ?

Pour mémoire, rappelons-nous les premiers engagements réels du premier ministre Legault au terme du Conseil national de la CAQ sur l’environnement en mai dernier : réduction de 40 % de l’usage du pétrole d’ici 2030, en agissant dans les trois principaux secteurs émetteurs : le transport, l’industrie, le bâtiment. C’est-à-dire pratiquement mot pour mot le plan directeur de TEQ dont on s’est empressé d’annoncer l’abolition un mois plus tard, fin juin. Cette semaine, on en fait une loi sans soumettre un plan de rechange.

À quelle heure commencera la lutte contre le changement climatique au sein de ce gouvernement ? Et où iront les milliards confiés à la discrétion du ministre ? À financer les gazoducs et l’étalement urbain ?

On nous fait miroiter depuis des mois un nouveau plan d’électrification et de lutte contre le changement climatique : le PECC. On s’attendait au moins à voir le projet de loi encadrer les exigences du PECC, la nouvelle structure, des cibles, une reconnaissance de l’urgence climatique. Rien !

Faites-nous confiance, donnez-nous un chèque en blanc et le compte de banque et en passant on fait disparaître les organisations qui nous portent ombrage.

Ce projet de loi est un déguisement qui ne fait pour l’instant que confirmer le manque de rigueur et de vision du gouvernement face à l’urgence climatique. Ce qu’il faut, c’est de l’action ! L’heure n’est pas à détruire nos institutions performantes et à se rapprocher de l’ingérence politique et de la lourdeur administrative !

Notre premier ministre dit qu’il écoute… Alors nous disons : soyez ambitieux ! De l’envergure, s’il vous plaît ! À la hauteur de ce que l’urgence commande ! Mettez sur la table un plan, concret et convaincant, qui prouvera que vous ferez mieux que TEQ. Montrez-nous ce que votre plan d’action de l’électrification et de la lutte contre le changement climatique a dans le ventre !

Ironie du sort, nous célébrons cette semaine l’anniversaire du lancement du Pacte pour la transition. Nous sommes près de 300 000 citoyens à avoir pris des engagements publics à faire notre juste part et à réduire nos émissions de carbone, à la hauteur de nos moyens. Le temps est venu de faire votre part, en mettant la science au cœur des décisions politiques.

Pour toute politesse envers l’extraordinaire mobilisation des jeunes et de la société civile, qui a culminé la veille de la marche historique pour le climat, le 27 septembre dernier, le Parlement a adopté une motion sur l’urgence climatique, proposée par un parti de l’opposition. Sans autre lendemain que cette mascarade, le jour de l’Halloween ! L’urgence est plus criante que jamais. À votre tour maintenant de vous engager.

De grâce, du courage ! Depuis plus d’un an maintenant, passant d’un ministre à l’autre, vous étudiez, vous promettez, sans passer de la parole aux actes ! Si vous ne pouvez faire mieux, laissez au moins travailler ceux et celles qui ont à cœur de répondre à l’urgence. Et inspirez-vous des meilleures pratiques ! Le jour où vous déposerez les mesures courageuses qui s’imposent, nous serons au rendez-vous ! Pour l’instant, nous attendons toujours. Et nous avons le devoir de dénoncer vos mauvaises décisions.