La réalité dérangeante de la visite de Greta Thunberg en Alberta, c’est qu’on ne peut pas s’y rendre en voilier.

Martha Hall Findlay Martha Hall Findlay
Collaboration spéciale*

Elle n’a pas non plus pu naviguer jusqu’en Idaho, au Wyoming et au Montana, où elle est allée auparavant.

Et l’hiver approche, ce qui signifie qu’il fait froid en Alberta – et qu’il fera encore plus froid. Ce qu’elle devrait reconnaître, car il commence à faire de plus en plus froid dans son pays d’origine, la Suède.

C’est là que la réalité se heurte à un idéalisme élevé.

L’idéalisme est merveilleux. Nous félicitons Greta Thunberg des efforts qu’elle déploie pour sensibiliser davantage les gens aux changements climatiques et à ce que nous devrions faire pour y remédier. Mais Mme Thunberg semble vouloir que tout le monde cesse d’émettre des gaz à effet de serre immédiatement. Pas demain ni la semaine prochaine, ni même l’année prochaine.

En effet, elle reproche aux politiciens du monde entier de ne pas avoir déjà agi suffisamment, de ne pas avoir pris des mesures plus draconiennes. Mais comment aurait-elle pu visiter l’Idaho, le Wyoming ou le Montana ? Ou l’Alberta ? Un autocar, une voiture, un train ou un avion a besoin d’essence, de diesel ou de carburéacteur. Il existe peut-être des solutions de transport alimenté à l’électricité, mais l’électricité dans ces régions du monde provient souvent d’énergies fossiles, de sorte qu’un véhicule électrique n’est pas nécessairement « plus propre ». Beaucoup de maisons ou d’hôtels dans lesquels elle séjourne sont chauffés par une forme d’énergie fossile, souvent le gaz naturel ou même l’un des pires délinquants, le bois. Pareil pour la cuisine.

Les gens qui conduisent les autocars, les voitures, les trains et les avions, ou ceux qui les utilisent – comme Greta – ne sont pas de mauvaises personnes pour cela. Les gens en Alberta (et dans de nombreux endroits au Canada et partout dans le monde) qui chauffent leur maison en hiver au gaz naturel ne sont pas de mauvaises personnes. Les sociétés pétrolières et gazières n’ont pas de mauvaises intentions : elles produisent et vendent l’énergie dont ont besoin et exigent ceux qui utilisent ces voitures, ces autocars, ces trains et ces avions. Les gens qui travaillent dans ces sociétés pétrolières et gazières ne sont pas de mauvaises personnes.

La réalité, c’est que les solutions d’énergie propre ne sont tout simplement pas possibles à la vitesse et à l’échelle nécessaires pour qu’il y ait des changements immédiats.

Une réalité vraiment regrettable de ces élections fédérales est la polarisation de la discussion sur l’environnement. Dans le récent débat en français, parmi les leaders des partis, certains commentaires sur la « lutte contre les pétrolières » étaient honteux. Dans quel autre pays du monde les dirigeants politiques se vanteraient de « combattre » une industrie qui contribue à ce point à l’économie nationale et qui produit des choses que nous utilisons tous ?

Les sociétés pétrolières et gazières ne sont pas « l’ennemi ». Le fait que tant de gens utilisent encore des combustibles fossiles pour le transport, le chauffage et une grande partie de leur vie quotidienne au travail ou à l’école ne les rend pas non plus « mauvais » ou « ennemis ».

C’est l’énergie dont nous avons besoin, jusqu’à ce que de meilleures solutions de rechange soient disponibles – à une échelle qui peut fournir toute l’énergie. Et malgré tout l’idéalisme et les meilleures intentions, cela n’arrivera tout simplement pas demain, la semaine prochaine ou l’année prochaine.

Est-il possible d’être écologiste et de conduire une voiture ? Bien sûr que oui. Parce que cela fait partie de notre réalité. Est-il possible pour Greta Thunberg de se préoccuper des changements climatiques tout en prenant l’autocar pour se rendre en Alberta ? Oui, bien sûr.

Mais nous devrions nous attendre à mieux de la part de tous nos politiciens. 

Les changements climatiques ne sont pas partisans, ou du moins, ils ne devraient pas l’être. Même qu’approvisionner le Canada et la demande mondiale actuelle en énergie n’est pas non plus partisan. Ce qui signifie que nos dirigeants politiques devraient faire des efforts beaucoup plus réalistes pour trouver des solutions pour combattre les changements climatiques – et non se battre pour savoir qui a la supériorité morale. Car aucun d’entre eux n’en a plus que les autres.

* Martha Hall Findlay est présidente et chef de la direction de la Canada West Foundation et ancienne députée libérale fédérale.