Le sujet de l’environnement a été celui de la campagne électorale. Tous les chefs de parti se sont engagés à agir pour réduire le réchauffement climatique. Si l’environnement en général et le réchauffement climatique en particulier méritent notre attention, il faut noter une tendance déplorable : celle d’associer le consensus scientifique à la nécessité d’agir de façon draconienne.

Vincent Geloso Vincent Geloso
Collaboration spéciale

Soyons clairs, le réchauffement climatique se produit. L’être humain en est la cause principale. Il y a consensus parmi les experts. Il y a matière à agir pour réduire les gaz à effet de serre. Cependant, ceci n’est pas un chèque en blanc en termes de politiques publiques. Quand on lit les experts qui se spécialisent en économie du climat et leurs réponses aux changements climatiques, on réalise qu’ils disent certaines choses qu’on entend rarement : il y a des manières si mauvaises de mitiger les changements climatiques qu’il vaudrait mieux ne rien faire.

Prenons la principale étude sur le sujet du consensus scientifique, celle de John Cook et ses acolytes dans Environmental Research Letters. C’est cette étude qui a sorti le chiffre bien connu voulant que 97 % des scientifiques soient d’accord quant au réchauffement climatique.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

« Soyons clairs, le réchauffement climatique se produit. L’être humain en est la cause principale. Il y a consensus parmi les experts. Il y a matière à agir pour réduire les gaz à effet de serre », écrit Vincent Geloso.

Cependant, Cook ne dit pas que la catastrophe est à venir. Il souligne simplement, et avec raison, que les scientifiques sont d’accord : le réchauffement climatique se produit et l’activité humaine constitue le facteur principal.

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) reflète ce consensus dans ses rapports. Cependant, lorsque vient le temps de parler de l’ampleur du problème pour la vie sur terre, l’étude de Cook et ses acolytes est silencieuse et le GIEC est plus posé. 

Afin d’estimer les coûts et bénéfices d’agir contre le réchauffement climatique, le GIEC a produit plusieurs scénarios. L’un de ces scénarios est celui dans lequel aucun geste n’est fait pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Ce scénario conclut qu’il y aurait une augmentation de 3,7 degrés d’ici 2100 et une réduction d’entre 2,6 % et 8,2 % du PIB en 2100 (soulignons rapidement que le PIB est lié avec plusieurs mesures du bien-être humain incluant l’éducation, l’espérance de vie, la nutrition et le bonheur). Si ces proportions peuvent sembler grandes, il faut tenir compte du fait que les scénarios du GIEC prédisent une croissance continue d’ici 2100 de telle sorte que l’espèce humaine sera entre deux et dix fois plus riche. En somme, le pire scénario est celui d’un ralentissement modeste de la croissance économique annuelle prévue d’ici 2100.

En tenant en compte ces éléments, on réalise que s’il est nécessaire de mitiger le réchauffement climatique, il y a aussi un point au-delà duquel les coûts sont supérieurs aux bénéfices. Pour ceux qui trouvent étrange l’idée de parler de coûts et bénéfices en la matière, considérez ceci : lorsque les coûts sont supérieurs aux bénéfices, nous appauvrissons l’espèce humaine en gaspillant des ressources.

Si on se soucie de l’épanouissement humain, il est nécessaire de considérer les coûts et les bénéfices.

Le « pire » scénario, si l’on continue comme si de rien n’était, constitue la balise principale de l’évaluation des différentes politiques publiques. On doit utiliser les méthodes les moins coûteuses pour réduire le réchauffement climatique tant et aussi longtemps que les bénéfices sont supérieurs aux coûts.

Le discours ambiant durant la campagne électorale est loin de faire appel à un tel balisage. La meilleure illustration est celle de la taxe carbone. L’argument classique en faveur de la taxe carbone est qu’il faut imposer un prix sur la pollution afin de la réduire. Pour minimiser les coûts de cette taxe, il faut réduire d’autres taxes comme celles sur le revenu personnel, sur la masse salariale ou sur le bénéfice des sociétés. Sans l’un de ces gestes qui contrebalance, on augmente les coûts et on réduit donc le bénéfice net de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est la logique la plus élémentaire de l’analyse coûts-bénéfices et c’est selon cette logique que l’économiste William Nordhaus a reçu le Nobel en économie l’an passé. Toutefois, aucun des chefs des partis principaux ne s’est imposé un tel exercice logique puisqu’ils ont tous ignoré l’idée de contrebalancer en réduisant d’autres impôts.

La triste réalité est que le discours ambiant détruit tout appel au raisonnement. L’étiquette de « climatosceptique » est affublé à tous ceux qui refusent le discours alarmiste même s’ils veulent agir pour réduire le réchauffement climatique. C’est dans ce genre de climat d’opinions extrêmes qu’on risque d’empirer les choses en suscitant des réactions anti-scientifiques (voire celles de Maxime Bernier) qui nous pousseront plus proches du « pire scénario » du GIEC. Le calme, la raison et la nuance sont des vertus cruciales même si elles ne sont pas exercées fréquemment en politique.