De temps à autre, il arrive que des gouvernements présentent des plans tellement ineptes qu’on ne peut s’empêcher de se gratter la tête en se demandant comment ils ont pu penser à ça.

Renaud Brossard Renaud Brossard
Directeur Québec, Fédération canadienne des contribuables

Il y a de cela quelques semaines, Recyc-Québec a présenté un tel plan, proposant d’étendre la consigne sur plus de contenants, mais en diminuant le nombre de points de retour des contenants consignés. Non seulement ce plan sera coûteux pour les consommateurs québécois, mais il risque de diminuer le taux de retour des contenants consignés. 

Selon le système de consigne actuel, tout détaillant vendant des produits dont les contenants sont consignés a le devoir de les récupérer. Grâce à cela, le Québec compte plus de 8000 points de service, directement dans les dépanneurs, épiceries et microbrasseries, où les Québécois peuvent rapporter leurs contenants consignés. 

En permettant aux consommateurs d’obtenir un remboursement de consigne directement dans les points de vente, le système actuel facilite le processus de retour des contenants, tout en évitant les déplacements inutiles entre plusieurs points.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le taux de recyclage des contenants consignés dépasse les 72 % : le recyclage en est non seulement encouragé, mais il est facilité par l’accessibilité des points de retour des consignes.

Quatre fois moins de points de service

Dans son plan d’expansion de la consigne, Recyc-Québec propose de réduire le nombre de points de service, les faisant passer de plus de 8000 points de service, situés chez les détaillants de produits consignés, à un total de 1900 points de service.

En diminuant le nombre de points de retour, l’expansion de la consigne les rendra ultimement moins accessibles. Au lieu de retourner leurs contenants de boissons à l’épicerie où ils les ont achetés, comme le permet le système actuel, les consommateurs québécois devront plutôt se rendre à un autre lieu, parfois plusieurs kilomètres plus loin de chez eux, pour rapporter leurs contenants consignés.

En diminuant l’accessibilité des points de retour de la sorte, le gouvernement risque de réduire le taux de récupération des contenants consignés.

Le projet proposé par Recyc-Québec diminuera le taux de recyclage des contenants déjà consignés, mais il y a une chose qu’il augmentera grandement : l’argent que le gouvernement prendra dans vos poches. Dans le cadre de son projet, le gouvernement ferait doubler la valeur de la consigne, la faisant passer de 5 à 10 sous.

En supposant que le taux de récupération de la consigne reste le même que ce qu’il est en ce moment, soit 67,3 % (c’est le taux de remboursement des contenants consignés, le chiffre de 72 % inclut les contenants consignés se retrouvant dans le bac de recyclage), cette augmentation de la consigne signifierait que 100 millions de dollars de plus s’envoleraient des poches des Québécois afin d’aller dans les coffres du gouvernement. Ce chiffre n’inclut pas les revenus additionnels de l’expansion du système de consigne ni les montants additionnels non remboursés provenant de points de retour moins accessibles.

Quelles que soient les bonnes intentions de Recyc-Québec avec ce projet, il est clair que l’enfer en est pavé. Le Québec doit augmenter son taux de recyclage. C’est autant une question environnementale qu’une question de bonne utilisation des ressources. Le problème est qu’en tentant d’imposer ce système, le gouvernement décharge les embouteilleurs de toute responsabilité, laissant les consommateurs en assumer les coûts tandis que le gouvernement raflera des millions de dollars en consigne additionnelle.

Aussi louable que soit l’objectif du gouvernement, il y a une grande différence entre la fixation et l’atteinte d’un objectif. L’expertise du gouvernement reste dans la fixation de cibles, alors que celle de l’industrie réside dans l’atteinte. En fixant des standards clairs, au lieu d’imposer un schème gouvernemental, Québec aurait de meilleures chances d’atteindre ses cibles à un coût minimal ou nul pour les contribuables. C’est ce qu’on appelle une bonne gouvernance.