À l’occasion des débats des chefs tenus les 7 et 10 octobre, d’abord en anglais et ensuite en français, Justin Trudeau a fait connaître l’arsenal qu’il déploiera contre la décision du peuple québécois d’opter pour la laïcité.

André Lamoureux André Lamoureux
Politologue, Université du Québec à Montréal

En anglais d’abord, le chef libéral a annoncé, dans une fougueuse envolée, qu’il s’engagerait avec force et détermination contre la loi québécoise sur la laïcité de l’État. La hargne y était, sans hésitation. En français, trois jours plus tard, sûrement après lecture des données d’un sondage dévastateur pour son parti au Québec, le chef libéral a semblé brièvement temporiser les choses avant de se raidir. « On sera là pour défendre les droits fondamentaux ! », a-t-il conclu.

Malgré ses pirouettes, Justin Trudeau agit de manière semblable à son père qui avouait sa répulsion pour toute reconnaissance de la nation québécoise, l’octroi d’un statut particulier pour le Québec ou l’exercice de sa pleine souveraineté.

Rappelons qu’en octobre 1970, aux journalistes qui lui demandaient jusqu’où il irait en proclamant la Loi sur les mesures de guerre en vertu d’une menace d’insurrection jamais démontrée, Pierre Elliott Trudeau avait répondu sèchement : « Just watch me ! » On sait où tout cela a mené : à un coup de force sans précédent contre le peuple québécois avec le concours des forces armées, un piétinement des libertés civiles, des arrestations sans mandat et l’incarcération sans justification de près de 500 personnes. Évidemment, tout le monde se demandait alors que ferait ce Trudeau père si le Québec devenait indépendant.

Près de 50 ans plus tard, c’est maintenant au tour de Justin Trudeau de mener la charge contre la laïcité, elle-même perçue comme une entreprise discriminatoire et raciste, jamais démontrée non plus. Tout un chacun s’interroge également sur ce qu’il fera dans sa croisade contre une loi légitimement adoptée par l’Assemblée nationale. Et il faut le dire, une loi très modérée et à portée limitée.

Ce que le chef libéral a voulu faire avec ce débat en anglais, au moment même où certains premiers ministres de l’Ouest accusent les Québécois de racisme, c’est un plaidoyer fort pour satisfaire une clientèle canadienne-anglaise avide de Quebec-bashing.

On ne peut manifestement pas isoler la portée de cette charge de Trudeau de celle de Jason Kenney qui accuse le Québec de verser dans le racisme tout en jouissant de prétendus « privilèges » de péréquation. Sans oublier les accusations de Brian Pallister, premier ministre du Manitoba. Le clientélisme anti-Québec est payant dans l’Ouest canadien. Justin Trudeau peut se présenter aussi comme un pilier de la lutte contre la laïcité en territoire québécois, pour tous les opposants qui expriment leur haine envers la nouvelle loi québécoise.

Un assaut contre le Québec laïque

Dans son attaque contre la laïcité de l’État québécois, Justin Trudeau affronte la volonté souveraine du peuple québécois qui aurait, selon lui, sombré dans la discrimination. Jagmeet Singh parle aussi d’une loi « dégueulasse », discriminatoire.

Dans ce royaume multiculturaliste et communautariste favorisant les particularismes religieux ainsi que les replis identitaires, quoi de mieux, en pleine campagne électorale, que d’accuser malicieusement les Québécois d’être discriminatoires, racistes, xénophobes ou islamophobes. Cette litanie est prononcée à répétition parmi une horde de chroniqueurs et de journalistes au Canada anglais et au Québec.

Ce travail de dénigrement des Québécois a pourtant commencé bien avant.

En septembre 2015, en pleine campagne électorale, avec l’appui de Thomas Mulcair, Justin Trudeau a lancé le bal en accusant ses adversaires conservateurs et bloquistes de « jouer sur la peur et la division », le racisme, et de prétendument discriminer les musulmans en prônant l’interdiction du port du voile intégral à l’occasion des cérémonies d’octroi de la citoyenneté.

Une fois au pouvoir, le nouveau premier ministre s’est empressé d’annuler la contestation lancée par les conservateurs devant la Cour suprême pour briser un jugement déjà prononcé par la Cour fédérale autorisant ce port du voile intégral. Pourtant, 93 % des Québécois exprimaient déjà leur volonté de l’interdire dans l’exercice du droit de vote et dans les cérémonies de citoyenneté ! C’est même moins que ce que les Français, les Belges, les Suisses et les Autrichiens ont décidé (l’interdiction totale dans l’espace public), mais comparable à ce que les Allemands ont convenu (qui interdisent le voile intégral pour tous les agents des services publics) ou les Néerlandais (qui l’interdisent dans les secteurs de la santé, de l’éducation et les transports publics).

Ces pays européens seraient-ils devenus racistes et islamophobes ? Ce n’est pas sérieux. Et que dire de l’Algérie qui vient d’interdire elle-même le port du voile intégral dans l’État et les services publics ? Ou le Maroc qui en interdit la production et la distribution ?

La laïcité, c’est la démocratie

Instituer la laïcité de l’État, contrairement à ce que tous ses détracteurs prétendent, ce n’est pas discriminatoire. Au contraire, c’est le socle de prévalence de la première des libertés : la liberté de conscience. Celle-ci est au cœur de la pensée démocratique depuis le siècle des Lumières. Elle n’est nulle autre chose que le respect du droit de tout citoyen de croire ou de ne pas croire ; et pour faire respecter ce droit, il faut empêcher la prévalence ou l’influence des croyances religieuses dans l’État et ses organismes publics.

Pour y parvenir, il faut donc séparer les religions de l’État. Il en va de même pour les enfants à l’école. D’aucune manière n’ont-ils à subir les croyances religieuses d’enseignants qui décident d’afficher leur religion comme s’ils étaient eux-mêmes des panneaux publicitaires. Ce prosélytisme affecte directement la liberté de conscience des enfants et leurs parents. L’école doit être un lieu de libre pensée pour de jeunes cerveaux en devenir, condition essentielle pour connaître, s’épanouir et forger sa propre conscience.

Un seul choix

Dans la présente campagne électorale, pour la défense de la laïcité, il n’y a qu’un seul choix possible et c’est le Bloc québécois. Le seul parti qui s’engage à défendre le choix démocratique de tout un peuple. Une forte députation du Bloc permettra de contrer cette campagne de dénigrement et de mépris de la démocratie citoyenne, une entreprise orchestrée par des organismes dont l’objectif est de faire prévaloir certains intégrismes religieux dans les institutions publiques avec les bonnes grâces de partis qui minent la pensée des Lumières.