Depuis longtemps, la tendance de vote observée chez les jeunes est plutôt décevante. La tranche d’âge des 18-24 ans a quasiment toujours été celle ayant le plus bas taux de participation électorale au Canada, selon les rapports du Bureau du directeur général des élections du Canada.

Sheila Razavi Sheila Razavi
Élève de 17 ans en sciences de la santé au collège Jean-de-Brébeuf

En nous penchant sur des statistiques récentes, nous pouvons observer qu’entre 2004 et 2011, leur taux de participation était en moyenne de 39 %. Or, en 2015 — année de l’élection de Justin Trudeau à la suite du deuxième mandat de Stephen Harper —, une hausse intéressante se fit remarquer : un peu plus de 57 % des 18-24 ans auraient voté ! De cette population, ce sont les jeunes adultes ayant fraîchement obtenu le droit de vote qui l’exercèrent plus que ceux qui l’avaient déjà.

Comment expliquer une telle augmentation ? En 2004, la Chambre des communes adopta unanimement la mise en place de mesures encourageant les jeunes à aller voter par Élections Canada. Les recherches de l’agence montrèrent que les jeunes étaient moins informés quant à l’ensemble du processus de vote ainsi qu’à la recherche d’informations sur les différents partis présentés.

Voilà pourquoi Élections Canada tenta, entre autres, de mettre l’accent sur la facilitation de l’inscription des jeunes électeurs en envoyant, par exemple, quelque 52 000 lettres aux jeunes de 18 ans qui n’étaient pas encore inscrits pour voter un mois avant les élections fédérales de 2015, ou encore en instaurant des sites de vote sur différents campus scolaires.

Une autre méthode pour augmenter le taux de participation des jeunes se trouve périodiquement proposée au Parlement : l’abaissement de l’âge de vote à 16 ans.

Cette proposition divise énormément. D’un côté, plusieurs semblent croire que les jeunes n’ont pas du tout la maturité nécessaire pour pouvoir voter, qu’ils ne sont pas assez informés, pas assez compétents pour exercer ce droit démocratique. D’autres pensent le contraire et affirment qu’à partir de 16 ans, un individu est capable de prendre une telle décision de façon informée et rationnelle.

Après tout, le Canada est basé sur un système politique démocratique. Le droit de vote y occupe donc vraiment une place centrale et fondamentale. Or, le bon fonctionnement d’un tel système implique aussi que les citoyens sont capables de faire des choix éclairés provenant de leurs propres avis, codes moraux et éthiques ; ce n’est pas en écartant les jeunes d’un tel système qu’il fonctionnera mieux.

Statistique Canada a estimé en 2019 que plus de 2 millions de Canadiens formaient la tranche d’âge des 15-19 ans. Cette population n’est certes pas négligeable quand arrivent les élections et elle aurait le pouvoir de changer les résultats.

Si, à 16 ans, un jeune est en mesure de se marier, de ne plus fréquenter son école, de lancer sa propre entreprise ou encore de conduire, pourquoi ne pourrait-il donc pas voter ?

De plus, l’augmentation progressive du taux de participation électorale des jeunes prouve non seulement qu’ils sont de plus en plus intéressés par la politique, mais aussi qu’ils sont prêts à s’impliquer et à exercer ce droit. Abaisser l’âge de voter leur inculquerait encore plus que voter est un devoir civil et non pas un choix – les poussant donc plus à voter.

En les engageant plus tôt dans le processus électoral, on les inciterait à rester impliqués dans la société d’une façon simple, mais extrêmement tangible et concrète. Quant à l’argument citant le manque d’information à la portée des jeunes, des solutions ridiculement simples existent : rendre ces informations plus accessibles à l’ensemble de la population, mettre plus d’accent sur la politique dans les établissements scolaires, commencer à parler politique à partir d’un plus jeune âge… Ces actions sont faciles à mettre en place et serviraient à mieux former la jeunesse et, plus largement, à rendre service à la société.

Une telle réforme offrirait un choix aux jeunes : ceux souhaitant se faire entendre et voir leurs intérêts représentés en auraient l’occasion, tandis que ceux qui n’ont pas encore une opinion formée pourraient tout simplement s’abstenir de voter.

Il est grand temps de voir un peu de changement dans notre système électoral. Nous avons passé nos vies à entendre que nous sommes l’avenir, que nous allons diriger le monde de demain ; alors, pourquoi ne pas agir tout de suite ?

Cette réforme aurait non seulement le pouvoir de changer les résultats électoraux, mais modifierait aussi la manière dont les élections seraient conduites. Il y aurait certainement plus de débats à propos de sujets d’actualité qui touchent la jeunesse, comme des solutions concrètes offertes pour remédier aux enjeux environnementaux.

Moi, en tout cas, je vote pour l’abaissement de l’âge de voter. Feriez-vous de même ?