Daniel Pennac, dans son livre intitulé Chagrin d’école, élabore une esquisse d’explication des difficultés de l’enseignement en partant du choc entre les connaissances des professeurs et l’ignorance des élèves. Cette approche a le mérite de mettre en lumière l’écart à combler entre le maître d’un savoir à transmettre et l’étudiant en situation d’apprentissage.

Guy Ferland Guy Ferland
Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

Les instructeurs sportifs

Pour bien comprendre de quoi il s’agit, voici une comparaison. Le meilleur entraîneur dans un sport est souvent celui qui n’avait pas de talent naturel pour cette activité durant sa jeunesse. Les meilleurs coachs au hockey sont d’anciens joueurs de seconde catégorie, rarement des vedettes.

C’est la même chose dans à peu près tous les sports et toutes les activités, du tennis au baseball en passant par le football, la natation, la danse et le dessin. Ceux qui ont dû travailler fort pour apprendre certaines techniques dans un domaine particulier deviennent souvent les meilleurs entraîneurs. Car ils connaissent les difficultés que rencontrent ceux qui n’ont pas de facilité dans l’apprentissage d’un sport ou d’une activité. 

Ils peuvent donc faire profiter de leur expérience les plus démunis, comme ils peuvent pousser dans leurs derniers retranchements les plus talentueux.

Le meilleur joueur de hockey qui n’a pas connu les affres de l’apprentissage par le travail et les techniques d’entraînement assidus pour surmonter la limitation de son talent naturel a souvent de la difficulté à comprendre pourquoi les choses paraissent si difficiles aux moins adroits que lui. 

De plus, puisqu’il n’a pas traversé les épreuves, comme il n’a pas surmonté d’échecs, il ne connaît pas intimement les méthodes de travail qui aident à pallier le manque de talent naturel. Et il n’a pas vécu les périodes de découragement qui accompagnent souvent les échecs à répétition.

Inadéquation entre talent et enseignement

Les professeurs sont, la plupart du temps, d’anciens étudiants studieux, obéissants, modèles et talentueux qui ont réussi et excellé dans leur domaine. Ils deviennent tout naturellement enseignants, car ils ont idéalisé l’apprentissage. Ils veulent aider les plus faibles, mais ils ne savent pas trop comment, puisqu’ils n’ont jamais été réellement dans leur situation d’échec ou de difficulté d’apprentissage. 

Ils ne peuvent pas repérer les lacunes aussi facilement que s’ils les avaient éprouvées. Et surtout, ils valorisent inconsciemment la réussite qu’ils ont connue sans comprendre les échecs nécessaires pour l’apprentissage des moins doués.

Pas de garanties ni de recettes

Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’un bon élève ne puisse pas devenir un bon professeur. Mais il devra certainement surmonter de nouvelles épreuves, celles de l’échec ou des difficultés d’apprentissage, qu’il n’a pas connues. En bon pédagogue, il devrait pouvoir s’imaginer dans la situation de l’autre, même s’il ne l’a jamais vécue.

Inversement, on pourrait dire, à partir de Pennac dans Chagrin d’école, qu’il ne suffit pas d’être un cancre à l’école pour posséder les aptitudes nécessaires à l’enseignement. Puisqu’on ne peut pas devenir professeur à moins d’avoir réussi ses cours universitaires dans une discipline et en pédagogie, il faut nécessairement avoir réussi quelque part. 

Mais au moins, l’élève qui a surmonté des difficultés d’apprentissage et qui a finalement obtenu un diplôme possède un avantage : il connaît l’expérience de l’échec et des difficultés qui peuvent être surmontées. Tandis que le surdoué ne connaîtra souvent que la réussite…