À Polytechnique, on parle d’environnement et de développement durable. Nous abritons plusieurs instituts de recherche et sommes affiliés à plusieurs groupes sur ce sujet. Un de nos slogans a même été « Ingénieur durable ».

Philippe Bouchard-Aucoin Philippe Bouchard-Aucoin
Finissant en génie physique à Polytechnique Montréal

Nous avons aussi un plan directeur fort en développement durable, et les valeurs de l’institution sont parfaitement alignées avec la lutte contre les changements climatiques. Toutefois, le 17 septembre, cette dernière a choisi d’emprunter un chemin différent. Elle a décidé de rester sur le banc des observateurs, plutôt que des acteurs. Elle a choisi de ne pas participer à la grève mondiale du 27 septembre 2019.

Alors que 77 % des étudiant.e.s se sont exprimé.e.s en faveur, l’administration de mon école a décidé de rester de glace, de ne pas nous permettre d’aller manifester librement.

Dans un tout autre contexte, cette nouvelle pourrait sembler sans surprise. Mais le 27 septembre, nous assisterons à un mouvement mondial, un cri à l’unisson pour dire à nos gouvernements et à nos dirigeants : « Ça suffit, vous ne pouvez plus agir comme ça ! Il est trop tard et nous devons agir maintenant. » La leader de ce cri de ralliement, Greta Thunberg, sera d’ailleurs parmi nous pour la manifestation à Montréal. Et il semble que pour Polytechnique Montréal, cet appel n’est pas suffisant pour permettre à ses étudiants, à ses professeurs et à ses employés d’aller manifester.

Pourtant, ce cri a été suffisant pour convaincre l’Université de Montréal, l’Université Concordia, l’Université de Sherbrooke, l’Université du Québec en Outaouais, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, plus de 48 cégeps et des commerces, qui ont décidé de manquer leurs activités habituelles pour aller manifester. Je salue toutes ces institutions qui, contrairement à Polytechnique Montréal, ont décidé de joindre leur voix aux milliers de manifestants dans le monde.

Les raisons officielles

Mais, au dire de notre directeur général, Philippe A. Tanguy, on ne peut pas se permettre de lever des cours, car dans l’éventualité où cet événement mondial deviendrait une tradition, nous perdrions trop de journées de cours. De toute manière, une grève ne va pas régler les enjeux climatiques, alors à quoi bon aller manifester ? Pour reprendre ses propos exacts : « Polytechnique soutient cette cause, mais nous sommes aussi conscients que, malheureusement, cette journée mondiale ne sera pas suffisante pour résoudre les enjeux climatiques ; il y en aura d’autres et nous ne pourrons pas lever invariablement les cours pour toutes ces journées. Nous ne pouvons ni systématiquement reporter les cours (pas de marge dans le trimestre) ni accepter que des groupes ou sections différents aient des conditions d’apprentissage trop inégales. »

La levée de cours est donc impossible, car nous ne pouvons pas reporter systématiquement les cours chaque année. Tout d’abord, si des manifestations de cette ampleur sont nécessaires à chaque session, nous allons faire partie des contingents, parce que l’environnement tient vraiment à cœur les futurs ingénieurs.

La communauté étudiante polytechnicienne souhaite faire partie de la solution. Nous choisissons la voie de l’action plutôt que celle du cynisme.

S’il est vrai que le message a été passé au corps professoral de tenter d’alléger les cours, il n’existe aucune obligation. Eh oui, il est évident que Polytechnique soutient cette cause. Mais les paroles ne veulent rien dire sans geste. Nous assistons à cette paresse et à ces promesses depuis maintenant trop longtemps. Le temps est à l’action et pas seulement dans des plans directeurs. Certaines actions, réformer les cours ou adopter une position officielle sur les enjeux climatiques demandent du temps. Mais une levée de cours, c’est simple, malgré sa complexité.

Oui, une grève est synonyme de désobéissance. Mais cette manifestation, elle n’est pas étudiante, elle n’est pas syndicale, elle est sociétale. Tous seront touchés par la crise climatique. Il est logique que la société se lève. Toutefois, aujourd’hui, Polytechnique a refusé de se ranger du côté de l’avenir.

J’ai toujours été fier d’être un Polytechnicien. Mais aujourd’hui, mon école m’a laissé tomber. Elle a aussi laissé tomber la société pour laquelle elle tente d’innover.