En réponse à la chronique de Mario Girard, « La clique d’Outremont », publiée le 5 septembre

Andréanne Harbec Andréanne Harbec
Ingénieure, Outremont

Depuis l’élection de Projet Montréal à la mairie, en particulier dans l’arrondissement d’Outremont, bien malin celui qui saura prédire l’attitude de l’administration municipale.

Hausse de taxes, projet pilote bâclé sur le mont Royal et politique de stationnement illogique pour l’environnement figurent en tête de liste d’une administration qui se dit pourtant verte et à l’écoute des citoyens, mais qui, dans les faits, ne l’est qu’à temps partiel.

À mes yeux, la démolition annoncée d’un parc fréquenté par des milliers de Montréalais est le plus récent exemple de l’absence totale de cohérence de Projet Montréal.

M. Girard, il ne faut pas s’étonner que cela « brasse » à Outremont, mais aussi à Montréal.

Le plus grand parc pour chiens de Montréal

Nommé tout récemment « Mali » en hommage au nom du chien de Frédéric Back, lui-même usager de ce parc et, surtout, réalisateur oscarisé pour L’homme qui plantait des arbres, le parc canin d’Outremont a été fondé il y a plus de 20 ans par un groupe de citoyens qui ont décidé de se réapproprier cet espace, et ce, au bénéfice du plus grand nombre.

À proximité du campus MIL, le plus grand parc pour chiens à Montréal est un espace vert avec plus de 80 arbres matures sur lequel s’est tissé, au fil des années, une communauté hétérogène où de nombreuses personnes, propriétaires ou non d’un chien, brisent leur isolement.

Personnes âgées ou vivant seules, nouveaux arrivants, mais aussi résidants ou travailleurs issus de plusieurs arrondissements y ont développé leurs habitudes, si bien qu’avec sa piste de marche entourée de nature, ce lieu est devenu un exutoire au stress et à l’anxiété de la vie urbaine. Pourtant, il est menacé.

Alors que Projet Montréal souhaite développer dans l’ouest de Montréal un nouveau parc urbain, nous sommes plusieurs à constater que le parti a laissé tomber les citoyens du cœur de l’île et appuyé la future démolition d’un parc existant.

En cette ère d’individualisme et de densité urbaine, cet espace vert est pourtant nécessaire autant pour les chiens que les résidants.

Quelle « relocalisation » ?

Et, contrairement à ce que le maire d’Outremont pense, la promesse d’une « relocalisation » sans aucune précision ni échéancier est la démonstration d’une administration qui manque totalement de volonté politique ou plutôt qui n’en fait preuve que quand cela l’arrange. Pourtant, le parc canin Mali peut être sauvé.

Pour justifier le début du carnage, l’administration montréalaise invoque la construction d’une bretelle vers le viaduc Rockland. Comme plusieurs s’en doutent, cette infrastructure empirera le trafic automobile sur une route déjà saturée et qui, au bout du compte, n’améliorera pas la sécurité des résidants.

Sans aucune forme de consultation publique récente et sans aucune analyse exhaustive appuyée par une méthodologie rigoureuse, l’arrondissement se range ainsi derrière une mince étude comparative des alternatives d’aménagement. La simplicité de ce rapport donne l’impression d’être une mascarade pour justifier une solution qui va pourtant à l’encontre des solutions plus respectueuses des résidants, et surtout plus alignées sur la lutte contre les changements climatiques, priorité que cette administration aime pourtant évoquer pour taxer 100 % des stationnements.

S’il n’en tient qu’à l’administration de Projet Montréal, une bretelle routière coupera le parc. L’avenir n’est pas plus joyeux, car il est prévu qu’une large partie du site sera utilisée pour construire une énième tour de condos. 

Exit les chiens, les arbres et surtout les résidants ! Place aux autos et aux condos !

Devant une telle attitude, les citoyens ont non seulement le droit d’exiger davantage de transparence, mais surtout davantage de leadership pour que les élus agissent selon les promesses qui les ont fait élire. Contester l’inaction des élus, dénoncer le manque de consultation, mais aussi protéger un parc et les arbres de la démolition sont à mon avis des gestes nécessaires face à l’incohérence au pouvoir.

Le parc Mali peut être sauvé et maintenu ; il suffit de volonté politique !