Les élections du 21 octobre prochain nous interpellent comme citoyens canadiens, le gouvernement fédéral ayant une capacité d’action ou de nuisance, c’est selon, dans les grands dossiers de l’heure, allant des changements climatiques au nouvel ordre mondial. Ces élections nous interpellent également comme Montréalais, le gouvernement fédéral ayant été un promoteur ou un frein, c’est selon, du développement des grandes villes du Canada ces dernières décennies.

Félix-Antoine Joli-Cœur Félix-Antoine Joli-Cœur
Entrepreneur et consultant

À cet égard, le Grand Montréal a connu le meilleur comme le pire. Dans un coin, on pense entre autres au fiasco de l’aéroport de Mirabel, au dédain de Stephen Harper pour la « capitale du vice », voire à l’incendie du parlement à Montréal en 1845 si on souhaite rouvrir de vieilles blessures. Dans l’autre coin, il y a par exemple l’appui affirmé aux grandes rencontres internationales qui ont fait de Montréal une ville davantage connue dans le monde que son poids réel ne le laissait présager, de l’Expo universelle aux Jeux olympiques, voire le Protocole de Montréal pour la protection de la couche d’ozone de 1987, malheureusement la dernière grande réussite de la communauté internationale en matière d’environnement.

Alors que Montréal est enfin sorti de sa torpeur et connaît un nouvel élan économique, il est plus qu’opportun de réfléchir au rôle et à la pertinence du gouvernement fédéral dans le développement futur de la seule métropole francophone des Amériques. À mon sens, ce rôle ne devrait pas être dilué en une pléthore de projets mineurs, et pourrait prendre la forme de trois grandes initiatives.

1. Aviation civile

La première est de révéler puis renforcer Montréal comme capitale mondiale de l’aviation civile. Peu de concitoyens en ont conscience, mais la présence du siège de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) ici, couplée à une industrie aérospatiale extrêmement dynamique puis d’un aéroport en pleine expansion, fait de ce secteur l’un des piliers les plus porteurs de notre avenir économique.

Certes, le lent et inexorable démantèlement de Bombardier inquiète. Mais que notre industrie se spécialise dans les fonctions de support n’est pas une nouvelle catastrophique, les géants de l’aéronautique étant par définition des « assembleurs ». En d’autres mots, avec ou sans la production d’avions commerciaux, nous pouvons garder une place de leadership en développant notre expertise pour la production de composants, de simulateurs de vol ou de services spécialisés.

L’avenir de Montréal, capitale mondiale de l’aviation civile, passe d’abord par une plus grande visibilité de l’industrie dans les discours faisant la promotion de Montréal, mais aussi dans l’aménagement urbain.

Aussi et surtout, il faut une plus grande synergie entre le secteur aérospatial et les autres secteurs phares de notre économie, par exemple l’intelligence artificielle. Ces mariages devraient être stimulés, par exemple, en tablant sur les « super grappes » mises en place par le gouvernement Trudeau.

L’accélération du développement de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau devrait également faire partie des plans. D’abord, il faut s’assurer sans tarder que la gare de train qui s’arrête face à l’aéroport y sera connectée, en prolongeant de quelques centaines de mètres le tunnel du REM. Ici, pas besoin de comité d’experts pour trancher la question : il faut arrêter le comment, point final. D’autre part, il faut donner à Aéroports de Montréal les moyens de ses ambitions. On pourrait notamment autoriser une prise de participation minoritaire par le capital privé, ce qui permettrait à ADM d’être non seulement plus robuste financièrement, mais aussi de présenter des projets à la Banque de l’infrastructure du Canada.

2. L'est de Montréal

Une deuxième initiative serait d’appuyer l’essor du plus grand levier inexploité de développement de la région métropolitaine, voire de la province, soit l’est de Montréal. Autrefois plus grand pôle industriel du Québec, l’Est ne cesse d’attendre que les grands projets structurels qui permettraient sa renaissance se concrétisent.

Aussi, le rôle du gouvernement fédéral devrait être de contribuer massivement à la décontamination des terrains et à leur réhabilitation.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain estime qu’une contribution de 350 millions de dollars sur quatre ans, accotée par le gouvernement du Québec, permettrait de lancer ce vaste chantier, auquel participerait forcément le secteur privé. Annoncer la décontamination de terrains n’est peut-être pas sexy, mais cela aurait un effet de levier majeur pour la métropole.

3. Biosphère

Finalement, à une autre échelle, soit celle de l’imaginaire, le gouvernement fédéral devrait transformer la Biosphère de Buckminster Fuller en musée national. D’une part, ce dôme, le plus grand du genre dans le monde, figure parmi les quelques pièces d’architecture exceptionnelles de la métropole, sinon du pays. D’autre part, un musée national de l’environnement permettrait de donner du sens à la crise à laquelle l’humanité fait face, puis de nous rassembler autour de pistes d’action.

Voilà trois initiatives majeures possibles. Peut-être voudra-t-on en proposer de plus pertinentes. Chose certaine, il faudra travailler fort pour nous convaincre que la position des partis fédéraux sur la laïcité, qu’on tente d’imposer comme thème de campagne, sera le gage de l’impact futur du gouvernement fédéral pour le développement du Grand Montréal.