Le nouveau gouvernement israélien sera-t-il formé par une coalition de droite/extrême droite menée par Benyamin Nétanyahou et son parti, le Likoud, ou par une coalition composée de partis de gauche, du centre et de droite dirigée par Benny Gantz, chef du parti centriste Bleu-Blanc, après les élections du 17 septembre ? Les sondages montrent une égalité entre les deux blocs et entre le Likoud et Bleu-Blanc, les deux grands partis à la Knesset.

David Cohen David Cohen
Ancien haut fonctionnaire

La popularité des partis a très peu bougé depuis les élections d’avril dernier, à l’exception du parti Israël Beteinou d’Avigdor Lieberman, un parti de droite antireligieux ultra-orthodoxe, qui a vu sa popularité croître de 5 à près de 10 sièges.

À la suite des dernières élections, Lieberman avait refusé de se joindre à une coalition de droite/extrême droite dirigée par Nétanyahou en raison de l’opposition à la conscription militaire obligatoire pour les ultra-orthodoxes des deux partis religieux ultra-orthodoxes (15 sièges).

Les sondages prévoient que le bloc de droite/extrême droite remporterait de 56 à 60 sièges, en excluant le parti de Lieberman, laissant Nétanyahou dans une situation similaire, voire pire, qu’au lendemain des dernières élections lorsque son bloc avait obtenu 60 sièges, à 1 voix de la majorité. Les partis centristes, de gauche et arabes, quant à eux, ne pourraient réunir plus de 55 sièges.

Facteurs déterminants

La décision du procureur général de porter des accusations de corruption contre Nétanyahou est attendue cet automne. En dépit de ces allégations, ce dernier demeure le candidat le plus populaire au poste de premier ministre, loin devant Gantz. Une bonne partie des Israéliens associent Nétanyahou à la prospérité, à la haute technologie et à la sécurité du pays, au rapprochement d’Israël avec certains pays arabes du Golfe, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est, aux gains diplomatiques d’Israël aux Nations unies et à la solidité des liens avec les grandes puissances, surtout avec les États-Unis et son président.

Un bas taux de participation pourrait avantager le bloc de droite. Les études démontrent généralement que deux élections générales rapprochées dans le temps amènent une participation réduite des électeurs. Cependant, la situation pourrait être différente pour ceux qui votent ultrareligieux ou Likoud, qui ont tendance à être loyaux à leurs partis. Cela pourrait être aussi le cas des partis arabes qui, aux dernières élections, étaient divisés et ont vu leur nombre de sièges et le taux de participation de leurs électeurs s’effondrer de 30 % par rapport aux élections de 2015. Ayant appris de leurs erreurs, les partis arabes ont décidé de se présenter sous une bannière commune, comme en 2015. Les sondages leur prédisent autour de 10 sièges.

Quelle sera la performance du parti d’ultra-droite Otzma Yehudit, dont certains candidats ont été interdits de se présenter aux élections par la justice israélienne en raison de leurs positions racistes ? Des sondages récents prévoient qu’il pourrait franchir le seuil électoral de 3,25 % et remporter quatre sièges. S’il demeurait sous le seuil électoral, comme ce fut le cas aux élections d’avril, ces voix seraient gaspillées pour le bloc de droite, rendant ainsi plus difficile une coalition gagnante de droite/extrême droite.

Lieberman a annoncé son intention de forcer un gouvernement d’union qui inclurait son parti, le Likoud et Bleu-Blanc, mais sans les partis religieux ultra-orthodoxes.

Le Likoud, de son côté, exclut une coalition avec Bleu-Blanc, alors que ce dernier a indiqué qu’il serait ouvert à un gouvernement d’union avec le Likoud, mais sans Nétanyahou et les partis ultra-orthodoxes et arabes, en raison de la position antisioniste du parti arabe Balad. Donc, sans Lieberman, pas de coalition majoritaire.

Si les tendances se maintiennent et que Nétanyahou ne réussissait pas à recruter des transfuges du bloc opposé, Gantz pourrait devenir le prochain premier ministre d’Israël par défaut.

Les enjeux

Les grands enjeux tournent autour du leadership, de la compétence et de la confiance envers les leaders. À cela s’ajoute la question de l’influence démesurée des partis ultra-orthodoxes sur la religion et l’État. Les menaces à la démocratie sont un autre enjeu de taille à la suite des tentatives infructueuses de la droite/extrême droite de limiter le pouvoir de la Cour suprême afin d’accroître l’immunité des parlementaires, dont le premier ministre, contre les poursuites judiciaires.

La question palestinienne, peu présente durant la campagne électorale, a resurgi à une semaine du scrutin. Nétanyahou promet, « en coordination maximale avec les États-Unis », la souveraineté israélienne sur toutes les colonies, en commençant par la vallée du Jourdain, une région stratégique. Pour certains experts israéliens, cette annonce est électoraliste et vise à attirer le vote d’extrême droite afin de maximiser les chances du Likoud d’obtenir le mandat de former en premier une coalition gagnante. Gantz, lui, promet la souveraineté sur les gros blocs de colonies et les colonies de la vallée du Jourdain dans le cadre d’un accord de paix visant la solution à deux États à long terme. En l’absence de l’aval américain, l’annexion des colonies est peu probable.