Lorsque le climat d’apprentissage et d’enseignement de la classe est favorable, être un enseignant est indubitablement l’un des emplois les plus valorisants qui soient. Accompagner les jeunes pendant une année scolaire et les voir évoluer, grandir et prendre progressivement confiance en eux, c’est tout simplement exaltant. 

Robert Durocher Robert Durocher
Enseignant

Alors, comment expliquer la pénurie d’enseignants ? Plusieurs personnes proposent des explications, tantôt intéressantes, parfois étonnantes, mais peu de gens n’osent aborder l’une des principales causes de cette déplorable situation : les mauvaises conditions d’apprentissage et d’enseignement dans plusieurs classes. Lorsque j’ai commencé à enseigner, il y a un peu plus de 30 ans, les profs étaient les maîtres de leur classe. Les directions scolaires, la majorité des parents et les personnes œuvrant dans les commissions scolaires reconnaissaient l’autonomie professionnelle et l’autorité des enseignantes et enseignants. Depuis plusieurs années, les profs ne sont plus reconnus comme les experts de leur profession. 

Pourtant, les enseignantes et enseignants le disent : leurs conditions de travail se sont détériorées depuis plusieurs années, et la tâche ne cesse de s’alourdir et de se complexifier. Malheureusement, lorsqu’un prof explique au public ce qui ne va pas dans sa classe, sa commission scolaire lui ordonne de se taire, invoquant le devoir de loyauté de l’employé envers son employeur. Or, le devoir de loyauté, envers qui doit-il être dirigé ? Envers qui sommes-nous redevables ? Véritablement, qui sont les vrais patrons des enseignants ? 

Et si les élèves décrivaient ce qui se passe dans les classes, les obligerait-on à se taire ? Au cours de ma carrière, j’ai entendu fréquemment plusieurs élèves me dire qu’ils étaient fatigués de subir les comportements perturbateurs de certains camarades de classe. En effet, certains jeunes arrivent à l’école en pensant qu’ils pourront faire uniquement ce qu’ils aiment. Mon intention n’est pas de blâmer les parents, mais il est clair que certains jeunes n’acceptent pas de se conformer aux règles de l’école et de la classe. C’est un peu comme si on ne leur avait jamais dit non ! Il ne faut pas les contrarier, ni les rappeler à l’ordre. Ils n’ont qu’une seule idée en tête : avoir du fun ! À l’heure où l’hédonisme caractérise fortement nos sociétés, il ne faut pas se surprendre de cette réalité dans nos classes.

Cependant, qu’en est-il des autres élèves qui veulent apprendre et réussir leur année scolaire sans être régulièrement dérangés pendant les cours ? Nous avons tendance à les oublier trop souvent.

Un jour, j’ai été obligé d’expulser un élève de ma classe, car il m’empêchait d’enseigner convenablement. Après son renvoi dans un local destiné à recevoir les élèves refusant de collaborer au maintien d’un bon climat d’apprentissage, plusieurs jeunes du groupe m’ont remercié d’avoir agi de la sorte. Une élève a même précisé qu’elle l’aurait expulsé bien avant. Si on savait jusqu’à quel point les élèves souffrent en silence dans ce genre de situations. Si seulement ces derniers nous témoignaient leurs exaspérations, tous les intervenants de l’école n’hésiteraient pas à agir plus promptement auprès des élèves perturbateurs. 

Les personnes œuvrant dans le milieu de l’éducation ne devraient jamais être des adversaires. Au contraire, il faut dorénavant unir nos efforts, afin de rehausser la qualité des apprentissages des élèves. Améliorer les conditions d’apprentissage et d’enseignement dans les classes doit être l’une des priorités du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. En plus de favoriser la réussite du plus grand nombre d’élèves, cela valoriserait énormément la profession enseignante. 

Vous savez quoi ? Je retourne faire de la suppléance dans les écoles secondaires. De nouveau, je veux être le maître de ma classe.