Il était difficile de ne pas penser aux libéraux québécois la semaine dernière alors que deux personnalités issues des régions faisaient l’actualité, une espèce en voie de disparition au sein d’un parti désormais limité à la région montréalaise et à l’Outaouais.

Christian Dufour Christian Dufour
Collaboration spéciale

Passons vite sur le traitement proprement indigne réservé par notre système de justice à l’ancienne députée de Bonaventure et vice-première ministre, Nathalie Normandeau. Quant au député de Jean-Talon, le talentueux Sébastien Proulx, en tout respect pour son désir de retrouver une vie normale, son refus de se présenter à la direction en dit long sur la difficulté du PLQ à relever le principal défi qui est le sien : se reconnecter à la majorité francophone.

Le fait que le PLQ soit actuellement au plancher ne saurait faire oublier qu’il n’est pas menacé de disparition, comme le PQ l’est peut-être, ne serait-ce que parce qu’il reste le parti le plus profondément enraciné dans l’histoire du Québec.

Sans oublier, bien sûr, les circonscriptions assurées dont il dispose dans la grande région de Montréal.

Lesage, Bourassa, Charest

Ce n’est pas d’hier que le PLQ est appuyé massivement par les non-francophones. Cela constitue un avantage, mais également un handicap, notre mode de scrutin d’origine britannique faisant en sorte que les élections québécoises se gagnent principalement au sein de la majorité francophone et en région.

Il est relativement récent que le PLQ soit devenu avant tout le parti des non-francophones, la manifestation la plus flagrante de cette mutation étant son adhésion sans nuance à un multiculturalisme canadien de plus en plus intolérant à l’égard de la spécificité québécoise.

Sans remonter jusqu’à Honoré Mercier à la fin du XIXe siècle, faut-il rappeler que ce sont les libéraux de l’équipe du tonnerre de Jean Lesage qui ont fait la Révolution tranquille des années 60, à partir du travail de résistance de Georges-Émile Lapalme à l’autoritarisme de Maurice Duplessis ? Plus, évidemment, le valeureux combat de Robert Bourassa pour la reconnaissance de la société distincte québécoise, concept qui s’est récemment avéré plus opérationnel que celui de nation dans la défense de la loi sur la laïcité.

Faut-il rappeler enfin que ce n’est pas le PLQ, mais bien le PQ du bien-aimé René Lévesque qui fut responsable de cette catastrophe pour le pouvoir québécois que fut la Loi constitutionnelle de 1982, de même que la perte du veto historique du Québec au sein du Canada ?

Tout cela pour se demander s’il est encore possible pour le PLQ de se reconnecter avec ce passé québécois de même qu’avec la majorité francophone.

Le renoncement de celui qui semblait le candidat idéal pour le faire, Sébastien Proulx, avec ses allures immanquables de francophone de souche et son anglais approximatif, n’augure rien de bon à cet égard. Comme la tentation du PLQ de se rallier à une proportionnelle qui rentabiliserait électoralement sa base non francophone montréalaise au prix de l’abandon du mode de scrutin actuel favorable aux régions.

Jeunes libéraux et multiculturalisme

Une surprise, cet été, fut ce débat chez les jeunes libéraux sur l’occasion de se distancier d’un multiculturalisme devenu franchement malsain parce que sans limites. L’interculturalisme a le bon sens de reconnaître l’existence d’une culture d’accueil au Québec, celle de la majorité francophone vers laquelle les nouveaux arrivants sont invités à converger sans abandonner leur culture d’origine. Ce serait toute une surprise si le PLC se distançiait vraiment du multiculturalisme canadien.

La course à la direction libérale – il n’y a pas pour l’heure foule au portillon – amène à se demander si le PLQ rompra pour de bon avec l’ère des Lesage, Bourassa et Charest, reléguant aux oubliettes ce qu’il reste de ses vieilles racines dans le Québec francophone.

Il y a là tout un dilemme pour la principale candidate jusqu’à présent, Dominique Anglade, cette dernière n’ayant pas caché son désir de devenir la deuxième femme première ministre dans l’histoire du Québec.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Anglade

On peut penser en effet que la mutation du PLQ en formation politique dont la fidélité première va désormais plus au Canada qu’au Québec est irréversible. Par ailleurs, le fait que Mme Anglade représente une circonscription montréalaise, Saint-Henri–Sainte-Anne, qu’elle appartient à une minorité visible et qu’elle a flirté un moment avec l’enquête sur le prétendu racisme systémique de la société québécoise ne lui facilitera pas la tâche de reconnecter les libéraux avec la majorité francophone.

Cela dit, la politique est parfois faite de choses impossibles que des personnalités d’exception arrivent malgré tout à réaliser. On ne peut donc totalement exclure que Mme Anglade, cette femme, cette francophone se rattachant à la communauté haïtienne, l’une des mieux intégrées et des plus aimées au Québec, cette politicienne douée à l’ambition totalement assumée, en arrive à relever le formidable défi auquel fait face le PLQ.

Le Québec en tout cas y gagnerait.