En réponse au texte de Laurent Turcot, « La droite et les sportifs », publié le 27 août

Nicolas Moreau Nicolas Moreau
Professeur, École de service social, Université d’Ottawa

Je me permets de réagir au texte de mon collègue Laurent Turcot sur la droite et les sportifs publié le 27 août. Si je partage le fait que l’histoire du sport est celle d’un travail corporel (c’est-à-dire sur les corps) à des fins de productivité et d’exaltation masculine, comme le voulait notre cher baron de Coubertin, il n’en demeure pas moins que les valeurs véhiculées par le domaine sportif n’appartiennent pas à un parti politique spécifique.

Tout d’abord, il me semble qu’une distinction importante entre les différents sports est à effectuer. Ils n’ont pas tous la même idéologie politique. Ainsi, dans les sports états-uniens, la NBA est une ligue plutôt démocrate, alors que d’autres ligues (comme la PGA, le NASCAR ou l’UFC) sont plutôt réputées comme républicaines.

Mais ici, encore, il faudrait faire des distinctions entre les propriétaires et les joueurs. Ainsi, si les propriétaires de la NFL ont majoritairement été proches des républicains dans leur histoire, les mouvements de contestation récents contre les injustices systémiques envers les Afro-Américains sont partis des joueurs de cette ligue (on pense ici à Colin Kaepernick).

Un même sport peut également présenter des aspects politiques complexes et opposés. Deux clubs d’une même ville peuvent ainsi être opposés politiquement : on pense par exemple, dans le monde du soccer, à la Lazio de Rome en Italie plus à droite et à l’AS Roma plus à gauche.

Certains clubs de soccer, comme le modèle des Corinthians au Brésil, ont également expérimenté des modèles de gestion socialistes (révolution démocratique), alors que ce sport est très souvent présenté comme un reflet des dérives du monde capitaliste.

Dès lors, il me semble qu’il est difficile de parler du monde sportif et de la politique ; il y a des mondes sportifs et des politiques.

Cela m’amène à parler des athlètes. Oui, il y a en effet des athlètes assez proches de la droite. Notre exemple le plus connu est probablement notre Maurice Richard national, assez proche du duplessisme. D’autres sportifs sont cependant nettement plus à gauche, comme la star de la NBA LeBron James, qui a soutenu officiellement Hillary Clinton lors de la dernière campagne présidentielle. Sociologiquement, l’appartenance à un parti politique d’un sportif dépend autant de sa trajectoire personnelle que son positionnement social. Il est donc difficile de savoir si un sport sera capable de « fabriquer » un type d’athlète avec un positionnement politique particulier.

La couleur des Jeux olympiques

Prenons les Jeux olympiques pour terminer. Sont-ils de droite ou de gauche ? Instrument de ce que certains appellent le soft power (utilisation du sport pour s’acheter une image de marque à l’international – Jeux olympiques de Sotchi, par exemple), les Jeux peuvent plutôt être alors considérés comme de droite. En même temps, leur histoire est faite de boycottages, de protestations, laissant à des populations, des hommes et des femmes opprimés, la possibilité de revendiquer, de dénoncer des situations problématiques au sein de leur pays.

Je finirai ce texte par une anecdote. Cet été, j’ai eu la chance de visiter le musée olympique de Lausanne, en Suisse. Dans le magasin du musée et devant l’ensemble des affiches des différents Jeux olympiques, je demande à la préposée quelle est son affiche préférée. Elle me répond Montréal, car c’est la seule affiche avec simplement les anneaux olympiques. Je suis flatté, mais je soupçonne surtout qu’elle me dit cela parce que je lui ai mentionné quelques minutes avant que j’étais montréalais. Je lui demande alors : quelle est votre deuxième affiche préférée ? Elle me répond celle de Mexico de 1968… à cause de l’aspect politique (rappelons ici l’image du podium du 200 m avec John Carlos et Tommie Smith les poings levés). Je me suis alors dit que, décidément, les liens entre le sport et la politique étaient chose complexe.