Devant l’ampleur des besoins du milieu scolaire dont les médias ont abondamment fait état en cette période de rentrée, les facultés des sciences de l’éducation ont, elles aussi, comme de nombreux acteurs, déployé des trésors d’imagination pour proposer des solutions créatives et pertinentes au problème de la pénurie d’enseignants.

Pascale Lefrançois Pascale Lefrançois
Doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal

Interpellées pendant l’année 2018-2019 par les commissions scolaires francophones montréalaises, qui réalisaient soudain l’ampleur de leurs besoins en main-d’œuvre qualifiée, l’Université de Montréal et l’UQAM ont développé de concert un cours de 2e cycle d’initiation à l’enseignement. Ce cours vise à donner des bases de formation à des titulaires de baccalauréats variés souhaitant devenir enseignants. Le cours a été offert en août dans les deux universités à plus de 160 personnes ; devant un tel succès, les deux établissements prévoient l’offrir de nouveau cet automne et mettre en œuvre de nouveaux cours répondant aux besoins les plus criants pour donner une suite à ce début de formation.

Dans cette foulée, l’Université de Montréal — comme probablement d’autres universités québécoises — devrait offrir dans les prochains mois une maîtrise qualifiante pour l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire. À l’instar de la maîtrise qualifiante pour l’enseignement secondaire, qui existe depuis 10 ans, ce programme, s’il reçoit l’agrément du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, permettrait à des titulaires de baccalauréat de recevoir une formation à l’enseignement conduisant au brevet tout en travaillant comme enseignants avec une autorisation provisoire.

Sans remplacer les baccalauréats de quatre ans, qui répondent adéquatement aux besoins de nombreux aspirants à la profession enseignante, cette nouvelle voie d’accès à l’enseignement devrait attirer un autre type de candidats sans sacrifier la qualité de leur formation.

Car les facultés des sciences de l’éducation sont capables d’innover dans leurs modalités de formation, comme elles l’ont récemment montré de plusieurs manières : en planifiant, par exemple, l’horaire de leurs cours pour permettre à leurs étudiants les plus avancés d’accepter des contrats d’enseignement lors de leurs journées libres ; en concevant des cours avec des formules hybrides, où les modules en ligne alternent avec des rencontres en présence, pour faciliter la conciliation travail-études.

Gare aux raccourcis

Cependant, tout innovatrices qu’elles soient, les facultés des sciences de l’éducation refusent de dispenser une formation au rabais ou de céder à la tentation des raccourcis intellectuels fallacieux. Lorsqu’elles forment leurs étudiants, les universités leur exposent, certes, les pratiques dites efficaces qui constituent la « boîte à outils » initiale de l’enseignant, mais elles leur enseignent surtout à choisir dans cette boîte les outils les plus pertinents en fonction du contexte pour qu’ils soient capables de faire face à la grande diversité des élèves qu’ils rencontreront dans leur carrière.

Les universités s’assurent que leurs étudiants sont prêts à intervenir non seulement dans une commission scolaire en particulier, mais bien dans l’ensemble du réseau éducatif québécois. Les universités ont plus d’ambition que celle de former des suppléants à la journée ; elles diplôment des professionnels capables de planifier leur enseignement à l’échelle d’une année scolaire, d’évaluer les apprentissages de leurs élèves, d’assurer le suivi de leurs interventions dans la durée.

Les universités, à travers un processus d’agrément rigoureux, doivent rendre des comptes sur la qualité des programmes qu’elles dispensent.

Et lorsqu’elles délivrent un diplôme, elles garantissent que son titulaire a répondu à toutes leurs exigences. C’est le cas, notamment, en matière de maîtrise du français, comme dans toutes les autres compétences nécessaires à l’exercice de la profession enseignante.

Les universités partagent avec la société québécoise sa préoccupation pour la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles. En collaboration avec leurs partenaires du milieu scolaire, elles veulent implanter des modèles de formation, initiale et continue, et d’insertion professionnelle adaptés à l’actuel marché du travail et aux réalités des écoles d’aujourd’hui. Avec dynamisme mais sans précipitation, les facultés des sciences de l’éducation font partie de la solution pour assurer aux parents du Québec que leurs enfants resteront en bonnes mains !