Vous rappelez-vous ? C’était en 1997… alors que vous étiez ministre de l’Éducation. Un conflit prenait de l’ampleur entre les enseignantes de maternelle et les éducatrices de garderie. Elles se disputaient la même clientèle, les 5 ans, qui allaient la moitié du temps en garderie et l’autre moitié en maternelle.

Maryse Joncas et Célyne Brunet
Mamans, grand-mamans et professionnelles de l’éducation

Les parents s’étaient mis à douter : pourquoi aller en maternelle pour deux heures quand on fréquente déjà une garderie qui a un bon programme éducatif ? Conscientes de ce doute grandissant des parents, certaines garderies se sont mises à offrir des programmes de maternelle ! Offusqués, les syndicats d’enseignants ont réclamé que la maternelle 5 ans devienne temps plein.

C’est là que vous êtes entrée en scène et que vous avez trouvé un compromis : les enfants de 5 ans iraient à la maternelle à temps plein et les plus jeunes iraient dans les tout nouveaux centres de la petite enfance (CPE), dotés d’un programme éducatif et accessibles à un tarif universel de 5 $. Les parents ont crié hourra ! Enfin ils auraient accès à des services à tarif raisonnable, tous pouvaient rêver d’aller travailler l’esprit tranquille. Ce fut un grand pas pour les femmes, car sans service de qualité, ouvert à l’année, elles peuvent difficilement penser occuper des postes importants qui exigent un grand investissement.

Mais aujourd’hui, 20 ans plus tard, alors que 85 % des mères de jeunes enfants travaillent à temps plein, on tente de tout détruire ce que vous avez mis tant de temps et d’énergie à construire.

Le tout nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, appuyé par le premier ministre, M. Legault, a fait le choix de prioriser un seul service pour les 4 ans : la maternelle en milieu scolaire.

De 12 à 10 mois par année  

Est-ce ainsi qu’on va répondre adéquatement aux besoins des enfants et encourager les femmes à prendre leur place sur le marché du travail ? Car n’hésitons pas à le dire, en déménageant les 4 ans des CPE vers les écoles, le ministre veut remplacer un service ouvert à l’année avec des ratios de 1 éducatrice pour 10 enfants, avec cour extérieure conçue pour les petits, et repas chauds cuisinés sur place à un tarif de base de 8 $ par jour, par des services rapiécés maternelle-service de garde, ouverts moins de 10 mois par année, avec des ratios de 1 éducatrice pour 17 à 20 enfants, sans cour extérieure conçue pour eux, et cela au même tarif sans repas chauds.

Les parents vont payer davantage et ils devront chercher des gardiennes ou d’autres services pour combler tous les moments où l’école est fermée !

De quoi décourager les femmes d’aller au travail !

Au secours, Mme Marois, ne les laissez pas faire une telle erreur. Vous êtes la seule qui peut ramener à la raison votre ancien collègue du Parti québécois, François Legault, en lui faisant comprendre que son ministre va sérieusement nuire à la cause des femmes et compliquer la vie des familles. Mais sera-t-il seulement réceptif ? Nous le souhaitons ardemment, car avec le temps qui file, si rien n’est fait, CPE pourrait bientôt vouloir dire : Cours pour avoir une Place, mais n’aie pas trop d’Espoir !