J’aurai sous peu l’occasion de me prononcer, au nom de 4300 dentistes québécois, sur le projet de loi 29, qui pourrait avoir des conséquences sur l’accessibilité des soins dentaires aux patients les plus vulnérables. Le moyen retenu est d’élargir le champ de pratique des hygiénistes dentaires et des denturologistes.

Serge Langlois Serge Langlois
Président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec 

Or, ce n’est pas en fonction des ambitions des denturologistes, des hygiénistes dentaires ou des dentistes que doit être conçu ce projet de loi : c’est en fonction de la santé des patients.

Évidemment, je suis favorable à l’amélioration de l’accès des personnes vulnérables aux soins dentaires. Toutefois, avec ce qu’il propose, le projet de loi va produire un résultat contraire à celui que l’on souhaite.

L’accessibilité aux soins buccodentaires est essentielle, mais ce n’est certainement pas en évitant l’examen médical du dentiste, comme le permettrait le projet de loi, que nous allons y parvenir. Au contraire, l’accessibilité à des soins buccodentaires de qualité repose en tout premier lieu sur l’accès au dentiste.

La santé buccodentaire est une question médicale. Elle nécessite donc une approche spécialisée et globale, exercée par le docteur en médecine dentaire : le dentiste.

Et en matière de santé, il importe de suivre un ordre cohérent : l’examen d’abord, puis le diagnostic et, enfin, le plan de traitement.

C’est seulement une fois ces trois étapes franchies que les autres professionnels peuvent intervenir dans leur champ de compétence.

Travailler en équipe, pas de façon isolée

Le dentiste est le chef de l’équipe buccodentaire. Diviser cette équipe sans permettre au préalable l’accès au dentiste est trompeur, dangereux et discriminatoire.

Cela sous-entend que les soins d’hygiène ou d’esthétique suffisent pour avoir une bonne santé buccodentaire, ce qui est faux. De plus, cela dévalorise le geste médical le plus important de tous, l’examen par le dentiste et le diagnostic qui s’ensuit, compromettant ainsi la santé des patients. Finalement, c’est discriminatoire, car ce sont précisément les personnes visées par le projet de loi qui ont le plus besoin de l’expertise du dentiste. C’est le cas, entre autres, des personnes âgées, dont l’état de santé buccodentaire se détériore rapidement.

Qui plus est, nulle part où l’on a accordé plus d’autonomie aux hygiénistes dentaires ou aux denturologistes n’a-t-on observé une amélioration de l’accès aux soins et encore moins à la santé buccodentaire.

Et les patients, dans tout ça ?

En tant que dentiste, il va de soi que j’émets des réserves importantes sur le projet de loi qui nous est proposé. J’ai exercé ma profession pendant 44 ans en mettant toujours le patient au centre de ma pratique.

Je me désole aujourd’hui de voir qu’au lieu de trouver des solutions qui faciliteront l’accès au dentiste, et donc à la santé buccodentaire, l’on se concentre sur la définition des champs de pratique des professions, et ce, au détriment de la santé des patients.

Si le gouvernement veut véritablement améliorer la santé buccodentaire des personnes vulnérables, il doit leur faciliter l’accès au dentiste. Si cette condition préalable était remplie, nous collaborerions pleinement à l’atteinte de cet objectif.

Ne perdons surtout pas de vue les patients dans ce débat. Ils doivent être au cœur de toutes les décisions, et leur santé doit prévaloir sur tout le reste.