Certains représentants d’organismes communautaires liés à l’itinérance au Québec ont remis de nouveau en question les objectifs et les critères du programme Vers un chez-soi annoncé récemment par le gouvernement fédéral. Cette nouvelle stratégie est une initiative importante qui vise à assurer un financement à long terme pour réduire l’itinérance au Canada.

Samuel Watts, Matthew Pearce et François Boissy
Respectivement PDG de Mission Bon Accueil, de la Mission Old Brewery et de la Maison du Père

Or, après un long processus consultatif à l’échelle du pays, les paramètres de mise en œuvre de ce programme font à présent l’objet de négociations entre les fonctionnaires de Québec et d’Ottawa. Certaines personnes, qui affirment parler au nom de groupes communautaires locaux, ont demandé aux instances provinciales de réorienter ce financement. Cela confond deux enjeux, soit le financement des groupes communautaires et les programmes ciblés visant des objectifs sociaux soigneusement définis.

Nous représentons trois organismes importants qui s’intéressent au problème de l’itinérance depuis plus de 125 ans à Montréal et qui répondent aux besoins de la grande majorité des personnes en situation d’itinérance.

Nous appuyons entièrement les objectifs du programme Vers un chez-soi parce qu’il nous aidera à poursuivre les efforts en cours par nos organisations pour mettre fin à l’itinérance chronique.

Il n’est pas toujours possible d’empêcher les gens de vivre des situations précaires, qui entraînent la perte de leur logement, mais toute expérience d’itinérance devrait être brève et tout le monde devrait pouvoir profiter de programmes cohérents qui facilitent l’accès et le maintien en logement.

Le gouvernement du Québec a la responsabilité de déterminer la meilleure façon de répondre aux problèmes sociaux. C’est pourquoi il existe un programme appelé PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires), géré selon l’approche « généraliste » qui a cours actuellement au Québec. Ce type de financement assure un soutien constant aux groupes qui œuvrent dans le domaine de la santé et des services sociaux, en offrant des services de prévention, d’aide et de soutien aux personnes itinérantes ou à risque de le devenir. Ces organismes communautaires du Québec contribuent de manière très importante à la détermination de l’orientation du financement du PSOC.

Approche ciblée

D’autres programmes, comme celui annoncé par le gouvernement fédéral, adoptent une approche plus ciblée. Selon nous, il serait regrettable que le gouvernement provincial choisisse de ne pas tenir compte de cette diversité d’approche et qu’il ajoute cet argent frais à la réserve de financement actuelle visant une approche généraliste. L’intention du programme fédéral n’est pas de financer des organisations qui offrent des services de soutien aux personnes en situation d’itinérance. C’est plutôt de réduire l’itinérance au Canada.

Le programme fédéral fournira du financement afin que des membres vulnérables de la communauté puissent obtenir un hébergement convenable et continuer à recevoir le soutien constant de travailleurs sociaux ou d’équipes d’intervenants.

Ce nouveau programme est basé sur des principes qui ont démontré leur efficacité pour fournir aux personnes en situation d’itinérance les moyens de quitter la rue pour de bon.

En fait, Projet Logement Montréal, un partenariat entre l’Accueil Bonneau, la Maison du Père, la Mission Old Brewery et Mission Bon Accueil, a réussi jusqu’à maintenant à loger 371 personnes qui étaient considérées comme sans-abri chroniques. Plus de 90 % d’entre elles ne sont pas retournées dans la rue.

L’évolution des besoins sociaux exigera toujours la mise en place d’une variété de solutions, dont l’ajout de logements sociaux à court terme. Plusieurs groupes communautaires mettent en œuvre des programmes de réduction de la pauvreté, de sécurité alimentaire et de réduction des méfaits. Le travail qu’ils font est admirable.

Toutefois, le financement qui sera fourni par le gouvernement fédéral pourrait modifier positivement la situation actuelle de l’itinérance au Canada. Les organisations qui ont la capacité d’agir sont bien placées pour collaborer afin d’atteindre les objectifs établis.

Le besoin est indéniable. Beaucoup trop de gens fréquentent les refuges d’urgence et les centres d’accueil locaux. L’itinérance est de plus en plus généralisée chez les groupes marginalisés comme les communautés autochtones et les personnes qui s’identifient comme LGBTQ2S+.

Nouvelles pratiques

On constate l’émergence de nouvelles pratiques pour répondre aux problèmes d’itinérance. Les organisations à l’avant-garde commencent à utiliser des données en temps réel et coordonnent l’accès aux ressources selon des priorités. Une telle plateforme de collaboration transcende la tenue occasionnelle de tables rondes. Elle peut aussi favoriser un continuum d’intervention, qui permet aux clients de passer sans rupture d’un fournisseur de service à l’autre, selon l’évolution de leurs besoins. Il s’agit d’une pratique exemplaire en émergence, qui doit être encouragée et financée.

Le modèle de financement doit également changer. Par le passé, le financement était souvent le résultat des efforts de lobbying de groupes communautaires.

Ceux qui faisaient le plus de bruit réussissaient à faire pencher les décideurs de leur côté. Dans la situation actuelle, où de nombreuses causes méritoires cohabitent, les gouvernements doivent établir des priorités fondées sur les résultats, financer ces priorités… et mesurer les progrès accomplis.

Des gens sont dans le besoin… Nous invitons les équipes de négociation à s’entendre rapidement sur la mise en œuvre du programme Vers un chez-soi au Québec afin que nous puissions les aider.