En réponse à la chronique de Chantal Guy, « Peser dans la balance », publiée mercredi dernier.

Louis Gauvreau
Étudiant en traduction à l’Université de Montréal

Voilà maintenant plusieurs années que je lis La Presse régulièrement. Bien sûr, il m’arrive parfois de tomber sur un article ou une chronique qui s’oppose ouvertement à mes convictions personnelles — et c’est généralement une bonne chose, car il est important de toujours tendre l’oreille aux différentes opinions.

Cette fois-ci, je voudrais rendre la pareille et répondre à la chronique « Peser dans la balance », écrite par Chantal Guy et parue la semaine dernière dans La Presse +. Dans son texte, Mme Guy décrit les grandes lignes de ce que doit subir une personne obèse au quotidien, que ce soit en matière de jugement, de mode vestimentaire, d’estime de soi, et j’en passe. Malheureusement, sur certains points, Mme Guy est complètement à côté de la plaque — et je parle par expérience personnelle.

Voyez-vous, j’ai fait du surpoids toute ma vie. J’ai toujours été le gros de service. Les vêtements surdimensionnés, les regards malveillants, les sièges inconfortables, name it, j’ai vécu tout ça. J’ai décidé de me prendre en main en 2019 et je parviens à respecter mes résolutions coûte que coûte. Je continue à ce jour de m’entraîner au gym trois fois par semaine, et mon parcours m’a ouvert les yeux de plus d’une manière.

Je ne sais pas qui entre Mme Guy et Roxane Gay est à blâmer, mais certains propos tenus dans la chronique sont tout simplement faux. Je n’ai jamais été sujet à des « ricanements quand vous vous entraînez au gym, même quand vous faites meilleur qu’eux ». Personne ne va au gym pour se moquer des autres. C’est la première barrière mentale qu’il faut faire tomber pour ceux qui songent à perdre du poids, mais qui craignent le jugement des autres.

On a peur de ce qu’ils pensent de nous, mais à la fin, on se rend compte qu’ils ne pensent jamais à nous.

Chacun est dans sa bulle, chacun se concentre sur ses haltères, son tapis roulant ou son vélo stationnaire, mais personne ne perd son temps à rire de ceux qui savent qu’ils doivent remédier à leur santé. L’interaction sociale au gym est à son strict minimum, à quelques exceptions près lorsque des gens s’entraînent en groupe – de souvent deux ou trois personnes. Ceux qui disent autrement ne sont probablement jamais allés au gym.

La seule raison qui pourrait expliquer une telle différence de perception serait de nature sociétale : peut-être que le gym et les personnes qui le fréquentent ont une influence sur notre perception de nous-mêmes, mais pour être honnête, j’en doute fort.

Qui plus est, les médecins ne font pas preuve de surdité lorsque vous leur expliquez un problème de santé et qu’ils ramènent ça à votre poids.

Si vous faites du surpoids et que vous souffrez d’autres problèmes de santé, il se pourrait fort bien que le poids y soit pour quelque chose.

La santé du corps passe par une multitude de facteurs, et les plus importants sont, bien sûr, l’alimentation et l’activité physique ; cela dit, les habitudes de vie ont des répercussions bien plus nombreuses et plus profondes sur la santé à long terme.

Il est vrai que nous n’avons pas tous la même carrure ou le même gabarit, mais la vérité est pure et simple : le corps humain n’est pas conçu pour supporter le poids d’un obèse. L’hypertension, les problèmes de posture, le diabète, les maladies cardiaques, la grande majorité des problèmes de santé les plus courants sont reliés au poids et à la diète. À ceux qui restent incrédules, je vous recommande de lire davantage sur la nutrition et sur l’épigénétique. Pour le moment, je reste sidéré que La Presse ait approuvé une aussi prétentieuse présomption.

Un signal d'alarme

En outre, il est vrai que l’humiliation subie au quotidien par un obèse n’a rien d’agréable, mais il faut voir ces messages négatifs comme un signal d’alarme nous disant qu’il est temps de changer les choses. Les effets positifs de la mise en forme sont nombreux et souvent inattendus. Vous recevrez davantage de compliments sur votre ligne. Vous pourrez porter des vêtements non seulement plus petits, mais aussi plus audacieux. Vous pourrez courir plus vite, soulever plus de poids, être fier de votre corps. Et tous ces changements physiques se ressentent également dans la tête : la confiance, l’estime de soi et l’humeur sont directement affectées par notre manière d’entretenir notre corps.

Je crois sérieusement que le rejet — conscient ou non — des personnes obèses est un mécanisme de survie ayant pour but d’éliminer les maillons faibles et de favoriser la survie des plus forts. Mais sachez que les mécanismes peuvent toujours être déjoués. Tous ceux qui souffrent de surpoids ne sont pas condamnés à rester tels qu’ils sont. Ils ont le pouvoir de changer les choses, une journée à la fois ; il faut simplement que l’effort soit intrinsèque. Je me permets de citer une phrase géniale que j’ai lue dans une chronique de La Presse+ il y a quelques mois : « Dans la vie, il y a deux possibilités : on réussit ou on apprend. L’échec n’est pas une option. »

Si je peux me permettre de terminer sur une note optimiste, je suis convaincu que la guerre contre l’obésité se terminera un jour. L’approche actuelle, alarmiste et pessimiste, n’est pas la solution ; l’Homme sera toujours davantage attiré par ce qu’il peut gagner que par ce qu’il risque de perdre. Pourquoi ne pas relire la chronique de Patrick Lagacé où il parle de ce délicieux sandwich végétalien ? La clé de la réussite s’y cache, j’en suis sûr.

En attendant d’observer des changements, je retourne à mon vélo stationnaire et à mes machines…