Le gouvernement du Québec a annoncé le 14 août dernier un programme de bourses pour les préposés aux bénéficiaires.

Johanne Pratte et Michel Clair
Respectivement directrice générale et président du conseil d’administration de l’Association des ressources d’hébergement du Québec

Bien que nous saluions cette volonté de trouver des solutions pour la pénurie de main-d’œuvre dans le système de santé du Québec, cette initiative est de la poudre aux yeux : une fausse bonne idée qui déplacera simplement un sérieux problème et affaiblira un réseau déjà en état de survie.

Les 950 ressources intermédiaires d’hébergement (RI) accueillent plus de 15 000 personnes vulnérables – des aînés en perte d’autonomie, des personnes vivant avec une déficience intellectuelle, un handicap physique, une problématique de santé mentale ou de toxicomanie – dans toutes les régions du Québec. Elles subissent aussi déjà grandement la pénurie de préposés aux bénéficiaires.

Compétition déloyale

Le programme de bourses pour recruter des préposés aux bénéficiaires en CHSLD aura un effet dévastateur sur les ressources intermédiaires d’hébergement, puisque c’est chez nous que les établissements publics iront puiser leurs préposés. En effet, bien que nous soyons financés entièrement par le gouvernement, les salaires en RI sont, en moyenne, 10 $ l’heure moins élevés que dans le réseau public pour un travail équivalent et qui implique parfois même davantage de responsabilités.

Les ressources intermédiaires au Québec ont un rôle primordial au sein du réseau de la santé. Mais sans levier pour attirer des préposés aux bénéficiaires, il sera beaucoup plus difficile de poursuivre nos activités sans atteinte aux différents services offerts aux personnes vulnérables. 

En cannibalisant les ressources au sein de son propre réseau, le gouvernement ne manque pas seulement scandaleusement de considération pour les ressources intermédiaires ; il met en péril notre survie.

Il est indécent de maintenir les ressources intermédiaires dans cette position en instaurant une compétition déloyale en termes d’attractivité de la main-d’œuvre. Nous nous battons déjà à armes inégales avec le réseau public et cette annonce ne fait que fragiliser encore plus notre situation.

Pénurie de 2500 préposés

La pénurie de main-d’œuvre est sans précédent pour les RI et pourrait avoir un impact à très court terme sur les services offerts. Cette situation est d’autant plus dramatique que plus de 2500 postes sont actuellement à pourvoir dans nos ressources, selon une récente enquête. Les effets se font déjà sentir ; plusieurs RI ont perdu de leurs employés au profit du réseau public de la santé, quelques jours seulement après cette annonce.

Il est essentiel que le gouvernement revoie sa décision, et rapidement, afin d’inclure l’ensemble du réseau de la santé dans ses politiques, au profit des principaux concernés : les bénéficiaires.