L’enquête de Marie-Claude Malboeuf publiée samedi dernier dans La Presse et portant sur des individus aux « théologies toxiques » dans le réseau de la santé est troublante. Comme intervenant en soins spirituels en formation, je ne peux qu’être interpellé.

Marco Veilleux Marco Veilleux
Intervenant en soins spirituels en formation*

Précisons d’emblée que la Loi sur les services de santé et les services sociaux du Québec parle de « services de santé ou sociaux respectueux des droits des personnes et de leurs besoins spirituels » (art.100). C’est dans ce cadre que s’inscrit, depuis 2011, la profession d’intervenant en soins spirituels.

Cette fonction est complètement autonome des autorités religieuses. Sa mission est d’offrir des activités de soutien et d’accompagnement de la vie spirituelle et religieuse des usagers et de leurs proches dans le plus grand respect de leurs droits et libertés.

Au fond, si l’on reconnaît l’importance du spirituel dans une approche globale des soins, c’est parce que l’on constate qu’en situation de crise (maladie, souffrance, perte ou deuil), la dimension spirituelle de la personne peut être mobilisée comme un ressort clinique significatif et pertinent.

Il est donc inacceptable que des patients soient exposés à du prosélytisme religieux ou à du harcèlement spirituel dans nos milieux hospitaliers. Heureusement, l’Association des intervenantes et intervenants en soins spirituels du Québec (AIISSQ) veille au grain et a su sonner l’alarme.

Trois niveaux d’enjeux

L’enquête de la journaliste de La Presse nous révèle qu’il y a trois niveaux d’enjeux dans cette situation déplorable. Le premier, c’est celui de l’infiltration des établissements de santé (entre autres par le biais du bénévolat) par des individus qui se disent gourous de toutes sortes ou qui appartiennent à des groupes fondamentalistes. Il faut absolument mettre fin à de tels abus par un contrôle strict, dans les établissements, des personnes ayant accès aux usagers.

Le deuxième niveau, c’est celui de membres du personnel soignant (préposés aux bénéficiaires, infirmières, etc.) qui cherchent à imposer leurs convictions personnelles ou à faire du prosélytisme – enfreignant ainsi leur propre code de déontologie. Les associations ou ordres professionnels, autant que les directions d’établissements, doivent ici de toute urgence procéder à un rappel à l’ordre.

Enfin, le troisième niveau rapporté par l’enquête est celui des dérives de certains intervenants en soins spirituels eux-mêmes. Pour s’assurer que l’éthique professionnelle (et non confessionnelle) de ces intervenants soit la plus rigoureuse possible, les stages cliniques supervisés (comme ceux que je suis moi-même en train de suivre) doivent être une exigence d’emploi imposée par le gouvernement. De plus, tout professionnel des soins spirituels devrait être assujetti aux critères éthiques et déontologiques auxquels j’apprends à me conformer dans le cadre de ma formation universitaire de deuxième cycle.

Ce que disent les manuels et les guides

Par exemple, dans le Manuel des politiques et des procédures de l’Association canadienne de soins spirituels (ACSS), à laquelle adhère l’AIISSQ, nous pouvons lire que le professionnel en soins spirituels « témoigne de la dignité et de la valeur de chaque individu ; respecte le droit de chaque groupe confessionnel de demeurer fidèle à ses valeurs et à ses traditions ; respecte la différence de culture, d’ethnie, de genre, de race, d’orientation sexuelle, de spiritualité, de religion et s’efforce d’éliminer la discrimination ».

Toujours dans ce même manuel, parmi une douzaine de normes énumérées, on précise que : « L’intervenant en soins spirituels fait preuve de respect pour les valeurs culturelles et religieuses de ses clients et s’abstient de leur imposer ses propres valeurs et croyances. »

En outre, le Guide des compétences professionnelles conjoint aux deux associations (ACSS et AIISSQ) définit ces principes et ces normes dans la pratique. Il parle, entre autres, d’une « approche relationnelle centrée sur l’usager et sa famille » ; de permettre à ce dernier « d’identifier sa vision du monde et le système de croyances qui donne sens à sa vie » ; de « l’aider à identifier sa capacité de résilience et d’encourager son autonomie ». Et l’on précise également que l’intervenant en soins spirituels « doit aussi écouter activement l’usager avec empathie et de manière réflexive, validant son expérience », et ce, dans « une attitude de non-jugement ».

Comme futur intervenant en soins spirituels, je compte sur la révision prochaine des orientations ministérielles en matière de services spirituels dans le réseau de la santé pour faire les clarifications qui s’imposent dans ce domaine.

* Marco Veilleux est candidat à la maîtrise en spiritualité et santé à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal.